ê Te   d e  l a   i U e  -  9

Sur la place Capestang, à Frontignan, les tables sont dressées mais pas de couverts, pas de bouteilles, pour ça, il faudra attendre, attendre que l'atelier d'écriture se termine. 

Pour l'instant 15 personnes, stylo en main, sont prêtes pour la première proposition. Ne les faisons pas trop attendre. Alors, la voici :

 

Première proposition :

On tire au hasard un dessin humoristique en lien avec la musique et on écrit un récit.

 

 

Les textes

Robert, le mélomane

 

Robert était mélomane avant d’être époux, avant d’être père, avant d’être électricien. Il aurait aimé rester chez lui, assis profondément dans son fauteuil, à écouter, solitaire les préludes de Debussy, les sonates de Beethoven ou les partitas de Bach.

Mais non, il fallait qu’il endosse tous les jours ouvrés et même parfois les jours fériés quand il y avait un incident, sa combinaison bleue et qu’il aille au turbin.

Il n’oubliait jamais d’emporter sur son dos sa sacoche bourrée de notes et, quand il était là-haut, tutoyant étourneaux et hirondelles, il accrochait aux fils électriques devenus portées musicales, les notes qui constituaient les partitions de ses morceaux favoris. Alors, il redescendait après avoir jeté un œil sur l’ensemble pour être sûr de n’avoir commis aucune erreur.

Le courant remis, les notes se mettaient à vibrer, la mélodie renaissait.

Et Robert bandait.

 

Deuxième proposition :

 

On va écouter plusieurs fois La fille aux cheveux de lin de Claude Debussy. 

fOn écrit un texte poétique en veillant à moduler le rythme et à glisser un refrain, histoire de rendre compte de l'ambiance du morceau.

Le voici :

 

 

Les textes

 

La fille aux cheveux de lin

 

Elle dansait, la fille aux cheveux de lin, elle dansait, fine, vive, sa longue jupe et son corps tournoyaient en accord.

Un, deux, trois, l’envol, un, deux, trois, en arrière, un deux, trois, en arrière et virevolte…

 Dans le cercle des bohémiens, elle surprenait avec ses cheveux si pâles. Elle se pose, replie sa longue jupe autour de ses genoux. Un, deux, trois un bond le relève, le retourne, chevelure de lune et jupe se déploient de nouveau, l’enserre, la  ploie.

 

Elle est la danse, épouse de la musique vivante.

 

Presqu’en sourdine ses compagnons égrainent des sons liquides, comme une pluie soudaine gouttant des peupliers proches et accompagnent ses sauts.

Incarnation d’un rêve, venue d’ailleurs, de pays neigeux ou d’astres disparus qui ont marqués ses cheveux pour la distinguer des mortels ; elle est fascinante.

Nicole

 

La fille aux cheveux de lin

 

Elle était là, dans la clairière,

La fille aux cheveux de lin.

 

Le soleil jouait sur la soie de sa peau

Et le vent mutin soulevait son jupon.

 

Elle était là, dans la clairière,

La fille aux cheveux de lin.

 

Quand je sortis du bois,

À pas comptés, je m’approchais…

 

Elle était là, dans la clairière,

La fille aux cheveux de lin.

 

Elle dormait, comme une enfant

Et je n’osai lui voler un baiser.

 

Elle était là, dans la clairière,

La fille aux cheveux de lin.

 

Je posais là mon chevalet

Et, par les oiseaux encouragé, je la croquais.

 

Elle était là, dans la clairière,

La fille aux cheveux de lin.

 

Quand au bas du tableau, j’eus mis ma signature,

Je lui en fis cadeau, à la fille aux cheveux de lin.

 

Mô  

 

ê Te   d e  l a   i U e  -  8

Cette année,  la Fabrikulture a participé encore une fois à la fête de la musique à Frontignan.

Au programme : Atelier d'écriture, le retour de l'orphéon de Garafach et des surprises : du jazz avec François Clerc et ses copains, la pétillante Coco et notre Ghyslaine à la scie sonore !

 

Et bien sûr on a bu, on a mangé et on a dansé !

Pour avoir un aperçu de la fête, cliquez sur le lien !

Proposition 1

 

MI

 

La forêt était à Djomi.

Ce druide était presque une momie.

Du jour où je devins son ami

Je lui apportais des fruits, et il n’avait plus d’anémie.

 

Quel gaillard ce Djomi !

Quel gaillard cet ami !

 

Mais un jour où nous faisions des origamis

Assis dans l’herbe, il gémit !

Sur notre salade de fruits et notre salami,

A la queue leu leu, sur notre surimi,

Une horde de petites bêtes marchaient : des fourmis !

 

- Quelle infamie ! 

Dit Djomi !

D’un ton affermi.

- Ce sont nos ennemis ! 

 

Quel chochotte ce Djomi !

Il ferait mieux d’être endormi.

 

- Halte aux bêtes que toi,  tu dis si mimi,

Me lança Djomi.

- Pianissimi ! 

Lui rétorquais-je.

- Elles sont chtimis ! 

 

Ah quel drôle d’homme ce Djomi !

 

Sylvie

 

 

 

Texte d’un parisien d’Aubenas, Gérard :

 

Et jamais je ne pleure, et jamais je ne gémis

Je hais le mouvement qui déplace les momies

je suis la BEAUTÉ qui séduit les amis,

que les poètes tentent de prendre dans leurs trémies !

Charly Baudorémi.

 

 

Mado

 

Elle était à l'ombre du château d'eau

La Mado

N'avait que des guenilles sur le dos

La Mado.

Elle vivait dans la rue, moquée par les badauds

La Mado

Qui ne se fendaient jamais de cadeaux

Pour Mado

Pas même un savon pour les pieds crado

De Mado.

Alors, par dépit, elle partit en radeau

La Mado

Elle tomba dans l'eau, se noya : Rideau !

Pauvre Mado !

 

 

 

Un soir de lune dorée,

 sur la  plage, apparaît

 une femme parée

 d'une tunique moirée

 le visage barré

 par des chairs  réparées.

Un homme vous me direz

à l’air tout bagarré.

Ne tirez pas sur le pianiste !

On va lui faire changer de disque.

On le mettra au diapason,

et vous autres, accordez vos violons.

La musique adoucit les mœurs :

Avoir l'air et la chanson,

Toucher la corde sensible.

Des mots tout ça !

Vous raisonnez comme un tambour !

Sans tambour ni trompette

Voilà qui parle !

Etre réglé comme du papier à musique,

toute une histoire !

Et, pour finir,

se tirer des flûtes.

Mais n'oubliez pas :

ce qui vient par la flûte

s'en va par le tambour !

 

Françoise

 

 

 

Proposition 2

A partir d'expressions musicales

 

Les murs de l’appartement vibraient encore une fois.  Deux nuits que cela durait. J’avais mille fois élevé le ton pour que qu’il change de disque ou de change de refrain, mais voilà, mon voisin n’aimait que le classique et le chantais aussi.

Cette fois, j’allais mettre un bémol à cette situation. Je vais lui accorder sa lyre à cet homme ! Je traversais le palier, et tapais à la porte, tant pis s’il s’était endormi au son de Mozart, j’allais le réveiller en fanfare.

 

- Hé ! Criais-je, arrêter ce vacarme !

 

La porte s’ouvrit sur une charmante jeune femme, un peu éberluée.

 

- Oui ? Dit-elle d’une voix fluette.

- Cessez de chanter votre gamme à tue-tête, me radoucissant un peu.

- Que me chantez-vous là … je ne chante pas, j’élève le ton.

- Vous élevez du thon dans l’appartement ?

- Non, non, vous vous méprenez. (Elle toussote). Excusez moi, je viens de manger et j’ai encore quelques trémolos dans la bouche, et en plus je suis réglée comme du papier à musique alors j’ai l’humeur chagrine.  Vous n’avez pas de violon d’Ingres, vous ?

- Je ne savais pas que M. Ingres, du premier étage, faisait des violons. Je croyais qu’il accordait les flûtes et les astiquait ?  Ceci dit, c’est vrai qu’à le voir, on ne croirait pas qu’il puisse faire vibrer les cordes d’un violon.

- Mais il connaît la musique. Mais, entrez donc un instant, je vais vous montrer le monstre qui vous empêche de dormir !

 

Le salon était joliment décoré, très féminin, sans tambour ni trompette. Elle m’invita à m’asseoir.

 

- Ici, sur le fauteuil vert ? Demandais-je. En m’asseyant il raisonna comme un tambour.

- Si cela vous chante. C’est mon préféré quand j’écoute de la musique. Voilà mon instrument maudit !  Je vais vous mettre au violon. Vous allez tomber sous le charme !

 

Elle l’accorda avec un la de sa voix. Puis l’archet glissa sur les cordes avec douceur.  Je me sentis pris dans un tourbillon de notes affriolantes. « Flûte » pensais-je, comment n’ai-je pu connaître les partitions de ce musicien.

 

- Alors ? Vous aimez ?  Voulez-vous toucher la corde sensible ?

 

Elle avait cessé de jouer et j’étais encore sous le charme.

 

- Mon Dieu, lui dis-je, n’est-ce pas un peu prématuré de faire un tel geste envers vous ? Votre corde, si sensible fut-elle, dois préférer les préliminaires. N’allons pas plus vite que la musique Hi Hi !

- Je ne suis pas sortie de la dernière fanfare ! J’ai fait des choses osées sans tambour ni trompette, si vous voyez ce que je veux dire. Dit-elle d’une voix sensuelle. J’ai même pissé dans un violon, un soir celui de mon ex ! Comme on dit : l’un paie les violons, les autres dansent.

 

Elle me regarda, et repris son air sérieux.

 

- Vous avez raison. Passons au chant.

- Non, surtout pas, dis-je. Je chante comme une Tefal ou une casserole, peu importe la marque.

- C’est simple, j’ai l’air et vous la chanson, vous n’avez qu’à me suivre.

 

En effet, c’était comme si on chantait ensemble depuis longtemps. 

 

Depuis, nous vivons ensemble, dans son appartement. Nous chantons et elle joue souvent du violon au clair de lune.

 

C’est très romantique, mais nous avons reçu ce matin, une lettre recommandée du syndic : M. Ingres se plaint du bruit et veux nous faire chanter, il sait pas ce qu’il veut ??

 

Les gens ne sont vraiment pas mélomanes.  Et on dit que la musique adoucit les mœurs !

 

Sylvie

 

C'est le bœuf

 

Ce soir c'est la fête de la musique.  Venez chez moi, les copains, il y aura un boeuf gigantesque, qu'il a dit François.

Je suis arrivé de bonne  heure.

En attendant le bœuf, j’astique ma flûte avec de l'étoupe et du Miror. Et frotte que tu frotteras et plus je frotte et moins ça brille et ça m'énerve, j'ai envie de tout laisser tomber et de me casser.

Pourtant ma mère, elle en était contente du Miror. Elle faisait tous ses cuivres avec et toute la lumière du monde  s’y reflétait.

Et si mes flûtes n'étaient pas en cuivre ?

C'est donc que je me serais fait avoir par le gros vendeur black de Musik pour Tous ! Moi qui essayais de jouer du Sidney Bechet avec mes flûtes sans jamais y parvenir ! Maintenant, je comprends. Je les jette toutes dans mon cabas et je descends l'escalier pour aller les rendre au magasin et casser la gueule au gros vendeur black qui m’a fait prendre des vessies pour des lanternes et des flûtes pour des trompettes. J'ouvre la porte. Une masse énorme, noire, me barre le passage.

C'est le bœuf.

 

 

 

 

 

Il n'a pas d'instrument. Il reste planté là, sans tambour ni trompette, ni violon ni  banjo ni accordéon. C'est mon musicien préféré. Il me fait chanter tous les mercredis en agitant sa baguette magique. Il me donne le la et moi je prends le si, le do et le ré et, quand il s'allonge sur le sol, il me dit de changer de refrain. Alors, j'entonne des yodels que chantaient les montagnards de mon Tyrol natal. Pendant qu'il accorde ses violons, je reste sur le sol, étourdie par la cacophonie. Parfois je tire des flûtes de mon sac à dos et je joue après les avoir astiquées pour qu'elles brillent dans la nuit du 21 juin, pour qu'elles fassent de l'ombre aux étoiles. Lui, il joue son solo de flûte et nos musiques s'accordent et s'entortillent pour n’en faire qu'une. Nous sommes liés par la musique et par l'amour comme par une corde. Pour la fête de la musique nous nous enroulons ensemble dans une vraie corde et, parfois, dans les rues enfiévrées par les notes de musique, je lui jure que cette corde est sensible et que je l'entends gémir.

 

Françoise

 

 

 

Depuis le temps qu'on accroche des fraises

aux frontons  tout comme aux  cimaises,

on a pu l'cul entre deux chaises

et c'est plus par ce biais qu’on biaise.

Foin du silence, faut plus qu'on s’taise,

l'intérêt athée de Thérèse

nous fait aligner les falaises

en mineur et en fa dièse.

 

François

 

 

écrire une symphonie sans tambour ni trompette ?

faudrait connaître la musique… 

j'ai rendu le violon d’Ingres, y’m’rendait dingue !

pour cause de surpêche, faut élever le thon.

la Corée doit bien connaître sa partition.

avant d'apprendre le triangle, faut déjà se mettre au diapason.

et ben, donnez-le là !  ici !  maintenant !

un archet peut-il faire vibrer sa corde sans cible ?

 

François

 

Proposition 3

 

L'atelier se déroule sur la place Capestang. Dans la maison de François Clerc, c'est encore l'heure des répétitions. Par la porte-fenêtre s'échappe des notes, celles de Blue Bossa, une composition instrumentale de jazz de Kenny Dorham.

 

 

 

blue bossa

 

le linge sèche à l'intérieur…

ça fait un peu de frais…

 les bruits de la rue… 

les enfants jouent… 

tout le monde est à la plage.

tu dors… 

toute nue…

ça c'est pas mal non plus.

l'esprit qui me tient éveillé

sourit…

 

François Mignon

 

 

Blue Bossa

 

Le contrebassiste serre la « taille de sa femme » en bois amoureusement, lui pinçant les fines cordes de devant. Notes profondes comme une nuit douce et chaleureuse.

 

Sur le son de cet arrangement amoureux, s’ajoute le cuivre d’un saxophone soprano égrenant ses blanches et ses noires avec énergie.

 

Un couple s’avance sur la place vide, sous l’éclairage bleuté. Ils amorcent une bossa à petits pas timides, puis prennent confiance.

 

« Bossa… Blue Bossa »  Kenny Dorham revient, trompettiste bebop, il plane sur le groupe.

 

Les musiciens pris dans leur tempo, accélèrent le rythme, invitant les danseurs à faire de même !

D’autres couples s’invitent … Bossa… Blue Bossa …

 

Lorsque la  guitare électro-acoustique fait son solo.

Les danseurs s’arrêtent … émerveillés, écoute.

 

Et... 1...2...3

 

Le saxo reprend « Sing Sing » et Nougaro revient un temps dans l’orchestre ! Monte la plainte des prisonniers. « Il faut dire qu'il swingue méchamment L'dernier batteur avait le rythme dans le sang »

 

« Ainsi meurt la chanson de « Sing Sing » jusqu’à demain évidemment. »

 

Sylvie

 

  • Sing Sing fait partie des prisons qui ont marqué la culture populaire américaine. Claude Nougaro lui consacre une chanson : « Sing Sing Song », qui est une adaptation de « Work Song » standard de jazz créé par Nat Adderley.

 

 

Blue Bossa

 

Le soleil s'est caché. Dans le trou de la muraille, les oisillons affamés s'égosillent. Ce soir, leur mère restera loin du nid, sa proie au bout du bec. Trop de mouvement dans le patio, trop de bruit. Du bruit ? Non, juste un air de bossa nova qui s’échappe par la porte-fenêtre de François.

Une guitare, un saxo et une contrebasse se répondent en notes aiguës, en notes sombres.

Et c'est tout le Brésil qui s'engouffre sur la place avec cette blue bossa.

Pablo, le corps moulé dans une combinaison jaune et rouge, s'approche. Ses pieds, comme il se doit, marquent la cadence.

Sing-sing succède à  Blue Bossa.

Jack chante la chanson de Nougaro pendant que Pablo enlace Sylvia et l'entraîne dans la danse jusqu'à demain évidemment.

 

 

 

 

Blue Bossa

 

Les musiciens jouent un air de bossa nova.

Au saxo, un jeune Brésilien ressemble à un dieu.

À la contrebasse, un moins jeune, moins beau, et moins bon musicien.

 Sur la piste, des couples dansent.

Leur costume aux couleurs vives, chatoyantes, brillent de mille feux.

Au rythme de la musique, ils balancent leur corps de façon harmonieuse.

Ils s'enlacent, tournent, virevoltent, le regard noir chargé d'émotion.

Ils sont beaux, ont la vie devant eux.

La musique s'arrête.

Sourire aux lèvres, sous les applaudissements, ils saluent.

La danse est finie.

 

Françoise

 

ê Te   d e  l a   i U e  -  7

 

En 2017, on a fait une surprise party !

 

Souvenirs, souvenirs !

En 1964 …

 

En 1964, j’avais 16 ans, une Vespa et 5 francs d’argent de poche par semaine. Papa nous a dit que pour l’automobile il fallait attendre entre 6 à 18 mois. Ça tombe bien qu’il a dit papa, on allait économiser, elle coutait des années de salaire d’un ouvrier. Seulement qui dit économie dit privations. Déjà que nous peinions pour nous alimenter correctement, là ce serait pâtes et patates. Je n’avais qu’une peur : que papa me dise qu’il fallait vendre la Vespa et la télévision pour nourrir le petit cochon familial. Les deux choses auxquelles je tenais. Surtout la Vespa, fini les balades avec les potes et la frime devant les filles. Nous nous réunissions souvent du côté de la plage. Samy apportait son mange-disque et l’on écoutait les Chats Sauvages, notre titre préféré « Twist à Saint Tropez ». Il passait en boucle, les filles se déhanchaient et nous regardions virevolter leurs jupes dans l’attente de voir une jambe fine.

Un soir de juillet, le 31 plus précisément, papa et maman nous interdirent de sortir après le repas. Un évènement très important passerait au journal. Installés sur la banquette de velours, nos regards fixaient l’écran : pour la première fois nous regardions des photos très précises de la Lune ! Livrées par la sonde américaine Ranger 7, nous expliqua le commentateur, la Lune était là, si proche, si belle, si mystérieuse.

Cette nuit-là, dans mon lit, je me jurais de devenir astronome. J’avais 16 ans…

Sylvie

 

Je n’avais jamais réussi à faire le cochon pendu. Toutes mes copines le faisaient très bien accrochées à la barre dans la salle de gymnastique. Moi, je faisais le poirier, et encore parce que Micheline me tenait les pieds. A cette époque nous étions des enfants insouciants. Nous n’aimions guère regarder les horribles choses qui passaient à la télévision et qui entretenaient les conversations des parents.

Quand papa m’emmenait avec lui au bistrot pour boire son petit blanc, ce que maman ne savait pas, les jeunes gens mettaient le juke box et la musique des yéyés couvrait les conversations. Le barman ne disait trop rien, c’était aussi de bons clients. Moi, je m’amusais à faire des tresses avec les lanières en plastique du rideau de la porte. Jules, le patron me grondait et défaisait les tresses, que je refaisais dès qu’il avait le dos tourné. Quand j’entendais la musique du camion de marchand de glaces, je tirais papa par la manche. Quelquefois il cédait et m’achetait un bâtonnet. Au café, ils vendaient des roudoudous et des soucoupes à la poudre parfum citron. Quand il était de bonne humeur, Jules m’en offrait une, et je laissais le bonbon fondre dans ma bouche. A la presse, ils vendaient « Salut les Copains ». Mais j’étais encore trop jeune d’après maman pour lire ce genre de journaux. Alors, quand mon frère n’était pas dans sa chambre, je m’y faufilais et prenais les magazines qu’il avait, le feuilletant vite fait pour ne pas me faire prendre. Mais ça c’est  mon secret.

Sylvie

 

Un jeudi pas comme les autres

 

Pépé nous a donné un billet pour qu’on lui rapporte du tabac bleu du bureau de tabac.

Maman veut pas qu’on va en ville tout seuls. Elle dit que c’est à cause des tordus qui montrent leur zizi sous leur manteau ou enlèvent les enfants pour leur faire des cochoncetés. Mais quand elle est pas là, on y va quand même. Je donne la main à Robert. Robert c’est mon grand-frère. Avec lui je crains pas. Il a bientôt sept ans.  Pépé, il est trop gentil, il veut bien qu’on s’achète ça qu’on veut avec la monnaie. Robert il veut toujours acheter un 45 tours de Claude François. Il veut toujours aller au magasin de disques, des fois où le prix serait moins cher. Mais c’est toujours trop cher. T’as pas assez, lui dit la dame. Alors on retourne au bureau de tabac et on achète des surprises, une bleue pour Robert, une rose pour moi. Elles sont plus grandes que moi mais y a surtout du papier journal, dedans, et des couillonneries. C’est comme ça que pépé, il appelle les jouets c‘est vrai qu’il a raison pépé mais c’est quand même mieux que les cadeaux Bonus. On s’achète aussi des glaces, même quand il fait froid : chez pépé y a toujours pas de frigo, juste une glaciaire où faut mettre un pain de glace. Et c’est pas assez froid pour garder des cornets. Robert, il prend toujours le citron. Moi, la vanille. J’aime pas le citron. Aussi quand Robert me dit On se fait goûter, c’est pas juste. Lui, il lèche et même il croque ma glace et il me laisse que le biscuit. Je peux même pas cafter à maman, elle saurait qu’on est sortis et on serait privés de télé ou même d’aller chez pépé, le jeudi.

Aujourd’hui, elle pourrait même pas nous gronder même si elle savait ! Deux tordus en deux chevaux se sont arrêtés à côté de nous et nous ont obligés à monter. Ils ont fait tomber ma glace toute neuve alors je pleure. Robert aussi, il pleure. On pleure même si on sait pas c’est quoi les cochoncetés qu’ils vont nous faire. En plus, on sait même pas si on reverra un jour nos parents et pépé, il risque de l’attendre longtemps son tabac bleu.

 

ê Te   d e  l a   i U e  -  5

 

Cette année pour la 4ème fois consécutive, la Fabrikulture a participé à la fête de la musique à Frontignan.

Au programme :

Un atelier d’écriture chanson sur une musique originale de François Clerc

Côté musique : L’orphéon de Garrafach, Pascale Olivier, chanteuse, Rue de la pompe…

Entre les deux un repas partagé avec les musiciens dans une chaude ambiance comme on les aime ! 

DR-100_0106.mp3
Fichier audio MP3 [2.3 MB]

Le thème retenu par le groupe pour cette musique qui fleure bon la douce nostalgie : Souvenirs agréables

 

Pami les chefs-d'oeuvre commis ce soir-là, voici peut-être le pire écrit à plusieurs mains. Pas sûr que ça fasse le tube de cet été ! 

 

L'été 68

 

 

C'était l'été 68,

l'air sentait le hakik,

j'ai perdu mes complexes.

Où est mon solex ?

 

Refrain

Rentrer à pied

ça fait suer,

en plein cagnard,

sur le boulevard.

 

Moi je pleurais

les autr' chantaient

Yé Yé Yé Yé

Yé Yé Yé Yé

 

Le jour où tu m'as plaquée,

j'ai voulu faire du stop

pour aller à Woodstock.

Personne m'a prise.

 

Pour aller à Katmandou,

des routiers pas sympas

m'ont prises plusieurs fois,

à tour de bras.

 

 

 

 

 

 

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