Ecrire avec Marc Blanchet

 

LUCIOLE est une association Loi 1901, créée en avril 2017, qui porte le projet LUCIOLE : L’Université à la Campagne Itinérante et Ouverte de Lagrasse.

LE est une association Loi 1901, créée en avril 2017, qui porte le projet LUCIOLE : L’Université à la Campagne Itinérante et Ouverte de Lagrasse.

 

https://www.luciole-universite.fr/association-luciole/

 

Cest Luciole qui organise cette série de 5 ateliers d'écriture animés par Marc Blanchet (Ecrivain & photographe)

12 participants dont 6 fabrikulteurs convoyés par Denis Cambouis dans son trafic ! Ambiance garantie !

 

ÉCRIVAINS DES VILLES ET DES CHAMPS… 

À la Maison du Parc (11800 RUSTIQUES)
 

 « D’abord les champs ! Ou plus exactement la campagne, et même ce que l’on appelle une terre, voire même un terroir sans que cela soit péjoratif… La terre du Berry avec Alain Fournier, de la Provence avec Giono, de la Suisse romande avec Ramuz, des Ardennes avec André Dhôtel, auxquels s’ajouteront des poètes pour la dernière séance. 

 

Et leurs livres en regard : Le Grand Meaulnes ; Manosque Des Plateaux ; La Grande Peur dans la montagne et Le Pays où l’on n’arrive jamais. Quatre livres, quatre classiques, quatre auteurs. … Et pour finir, de la poésie. Et cinq ateliers d’écriture où après une approche de l’œuvre et de l’auteur se succéderont plusieurs heures d’écriture afin que chacun, inspiré par la narration de ces grands romanciers, puisse cheminer à travers sa propre terre de l’Aude, de l’Occitanie ou d’ailleurs. Et ainsi écrire des textes où se mêlent avec exigence souvenirs, sensations, visions ou rêves (et pourquoi pas le plaisir de la description). Avec le désir, grâce à ces auteurs côté campagne, d’évoquer des paysages comme des existences, qui dans ces livres font autant la force que la saveur des histoires racontées. Par ces ouvrages de la littérature française et francophone, ces cinq ateliers ont pour vœu de confronter le public à des œuvres aussi merveilleuses que parfois délaissées, qui feront pour certains l’objet d’une vraie découverte, et dans lesquelles la puissance d’une langue se fait entendre ! » (Marc Blanchet)

Atelier autour d’Alain Fournier

 

Ecriture contemporaine, territoire, terroir, déborde du territoire, angle du souvenir, de la commémoration, pays imaginaire de la terre. On recherche un lieu, mais on ne trouve pas le lieu magique en question...

Pas le souci de l'exactitude, pas de date, idée d'une période, Vie quotidienne puis la fête, imaginaire, personnages amitié, Le Grand Meaulnes antipathique, homo?, réalisme / brume, conte ?  Description beurk. Pathos du Grand Meaulnes. Tristesse / campagne.  Cheminement dans la terre, sons. Pas de repères. Ennui. "nature" (Corinne). Hors case. Construction. Intrigue. Voir les lieux plus tard. Rien n'est jamais acquis. Grand Meaulnes change la vie des autres, bouscule. Evanescence. (souvenir de mon père) Qualifier les espaces. Un grand dénuement. Dureté de vie. Précarité. Aucun confort mais pas de paix physique : mais le Grand M est celui qui vient déplacer le curseur. Il ose, incidents successifs. Livre mélancolique. Le Gr M est prisonnier dans le rêve, dans ce qu'il vit (comme à la fête). A chaque fois : un décalage, un truc qui dévie le roman. La femme romantique : vivre pleinement cet amour pour le Grand Meaulnes. On projette : Seurel veut aider. Retrouver un lieu froid. Seurel est son ami. Mais pas de réconciliation... Le Grand Meaulnes  se refait sans cesse des idées, des objectifs trop idéals, réaction de rejet face à lui. Il gâche ses qualités. Il met en attente Seurel, il jouit de ne pas atteindre ses envies. Il est promis à l'amour. Il est promis à tout mais non. Enveloppe vide. Le narrateur s'y reconnait. Ses personnages glissent les uns sur les autres. Questionnements désabusés, écriture : économie d'écriture, pas de grand courant lyrique qui se voit dans la pauvreté des décors, des hommes.  Aimer la fête et l'amour.

Prise de notes  Sylvie

 

Consignes

 

Terre territoire terroir

Angle du souvenir et de la mémorisation

Lieu magique qu’on cherche à retrouver

Pas le souci de l’exactitude ni des lieux ni du temps

Idée d’une période

Qualifier un espace où on a débarqué avant les 30 ans, où on a le sentiment qu’on va construire quelque chose.

 

 

Textes

 

 

1

La rue est étroite, courte, en pente. On ne peut que la remonter. La voiture se gare devant une porte de garage qui n'aura jamais cette fonction. La porte d'entrée s'ouvre sur un escalier blanc, tacheté de brun, carrelage qui se retrouvera dans chaque pièce. A gauche, une porte mène au garage, bétonné lui. Au fond, un  lavoir! Est-ce pour lui seul que la maison a été achetée? Pour quelle autre raison, sinon. Il faut monter des escaliers, trois exactement, pour accéder aux différentes parties de la haute maison. Le premier étage : salle à manger, cuisine. Il fait sombre, il fait petit, il fait étroit. Deuxième escalier : salle de bain, une chambre. Le même carrelage, des murs tapissés de fleurs fanées. Une salle d'eau, bleue, comme il se doit. Longue étroite, mais... avec baignoire et douche ! Le confort quoi. Troisième escalier : les cœurs battent forts, il faut les gravir ces putains de marches étroites. Inutile de décrire le sol. Deux chambres : une petite, sombre, seul un vasistas trop haut pour espérer y voir le dehors. L'autre chambre : porte fenêtre, balcon qui donne sur le balcon du voisin. Deux mains tendues et on se touche. Deux mains d'inconnus qui ne se connaîtront pas.  

SYL

 

2

La porte s'est ouverte, doucement, derrière moi. Un courant d'air pur l'a devancé. Trop occupé à leur besogne, personne n'a cessé le travail qu'il faisait, mécaniquement, religieusement, pour regarder celui qui entrait dans notre univers. Son intrusion s'est faite dans le silence. Personne ne l'a regardé, peu importait ce qu'il venait faire ici. La chaise près de moi était vide, il s'est assis. Alors mes mains ont tremblé, le travail auquel je m'attendais était à refaire. Les effluves de laine humides m'ont envahie, odeur de poils mouillés, d'animal qui a battu la campagne, senteurs de foins et d'herbes sauvages. Je ne pouvais plus rien faire. J'étais figée. J'osais un regard par en dessous, vers celui qui ... 

SYL

 

3

Les rues sont étroites, courtes, en pente. C'est ainsi que la ville a été conçue. Une petite ville de vielles maisons, et lorsque l'on va vers le port, d'immeubles neufs, immondes architectures.

Je tourne dans la rue Serre. On ne peut que la remonter.

Je me gare devant une maison, celle que je viens d'acquérir. Sur trois étages comme cela se fait dans ce quartier un peu isolé du centre. J'ouvre la porte du garage qui n'aura jamais cette fonction. J'entre. Les travaux ont commencé. Le  garage est bétonné. Au fond, un lavoir! J'ai acheté cette maison pour ce  lavoir, comme celui dont se servait ma mère. Je retourne vers l'escalier qui mène au premier étage : une salle à manger sombre sans fenêtre, une cuisine à peine équipée d'un évier en émail blanc ; deux placards au-dessus où une main avait dessiné artistiquement et avec amour, d'horribles fleurs oranges. Je déteste. Je note sur mon cahier "à changer".

Le sol est carrelé blanc tacheté de brun. Deux ouvriers s'attèlent à le décoller;  Trop occupé à leur besogne, ils ne cessent pas leur travail, mécanique, pour regarder celui ou celle qui entre dans la pièce. Je monte au second étage : la salle de bain, une chambre. Le même carrelage au sol, Déjà noté dans mon cahier "à changer". Les murs de la chambre s'attristent de voir leurs fleurs se faner. Une salle d'eau, bleue, comme il se doit. Longue étroite, mais... avec baignoire et douche ! Le confort quoi. Troisième escalier : il faut les gravir ces putains de marches étroites. Inutile de décrire le sol. Deux chambres : la 1ère chambre : porte fenêtre, balcon qui donne sur le balcon du voisin. Super la vue ! Cahier : envisager un trompe-l'œil sur le mur en face. Je souris.

Une porte s'est ouverte, doucement, derrière moi : celle de la 2eme chambre. Un courant d'air froid l'a devancé. Quelqu'un est là. Son intrusion s'est faite dans le silence. Alors mes mains tremblent, je regarde toujours la fenêtre close du voisin. Des effluves de laine humides envahissent la pièce, odeur de poils mouillés, d'animal qui a battu la campagne, senteurs de foins et d'herbes sauvages. Je ne me retourne pas.

- Vous êtes déjà là ?

J'écoute la lenteur de ses pas familiers qui avancent vers moi.

 - On ne se tutoie plus ?

 Je vais ouvrir la porte fenêtre, comme une  issue à ce trop-plein  d'émotion intense qui monte en moi.

- Les travaux ont commencé, tu as vu ? 

Je me rends compte de l'idiotie de ma question.

Il ne répond pas. Elle se souvient de toutes ses vies qu'ils ont eues dans sa campagne. 

Syl

 

4

Je n'aurais pas le temps de finir les travaux dans la maison. Le lavoir ne servira jamais. Lui repartira battre sa campagne: description de son lieu. Moi, je repartirais vers mon chez moi, là-haut description du lieu. La re-rencontre avait bien commencé, mais elle hésite encore, perpétuellement, insatisfaite.  

Syl

 

Pour finir, on raconte à sa voisine ce que l'on a écrit et on accepte les commentaires, les questions qui vont mettre à jour ce qu'elle ne comprend pas.

 

 

Entre Creil et Senlis, la route s’ennuyait en longeant les alignements de croix blanches des cimetières militaires, en traversant d’infinis champs de betteraves mais, parfois, elle se délectait des coins d’ombre que lui offrait la forêt d'Halatte. Rarement, une biche ou un cerf s’invitait à cette heure où, quotidiennement, je me rendais au lycée Saint-Vincent de Senlis. Un bâtiment austère en pierres grises, accolé à l’abbaye, empestant l’encens et la cire de bois. Mon premier établissement au sortir de l’université. J’y enseignais la philo. Avec mon mari nous habitions, à Creil, un logement de fonction associé à une kyrielle d’autres maisons de pierres grises imitant les Corons du Nord. Un deux pièces, un petit jardin envahi par un gigantesque saule-pleureur. Les dimanches nous nous échappions dans les bois. Je me souviens des tapis odorants de jonquilles, de crocus et de muguet que nous évitions soigneusement d’écraser en ce premier mai, loin des agitations de la capitale.

Le lendemain, j’arrivais à 9h au lycée. La terminale A3 n’était pas en rang. Je ne tardais pas à repérer mes élèves au fond du cloître où des buis avaient subi des tailles drastiques comme pour leur enlever toute ambition de liberté. Le dos appuyé à un pilier, Colette Mouchot avait rassemblé les autres filles. De loin, j’entendais sa voix grave, à l’accent parisien, haranguer les élèves.

Un sacré caractère, cette Colette Mouchot ! Elle était arrivée au mois de mars de Paris. Une décision autoritaire de ses parents qui voulaient, en la mettant en pension, la couper de ses mauvaises relations parisiennes. À prime abord, rien ne la différenciait de ses condisciples. Même blouse beige, même âge. Sa tête ne dépassait pas du rang. C’était ‘la nouvelle’ comme Charles Bovary était le ‘nouveau’ dans le roman de Flaubert mais elle, elle ne portait pas de chapeau ridicule. Elle était plus âgée que les autres et très vite s’était fait remarquer par son bagout. Elle avait un avis sur tout.

Depuis la rentrée, les élèves ne nous avaient posé aucun problème majeur. Juste quelques malines qui contrefaisaient les manies des enseignants, des rusées qui tentaient d’imiter les signatures des parents mais, avec la nouvelle, l’ambiance du lycée avait changé du tout au tout. Colette Mouchot ne s’attardait pas à ces enfantillages. Ce qui la passionnait c’était l’actualité.

Très vite, elle prit l’ascendant sur la classe. Elle était la première à prendre la parole s’appliquant à chaque fois à trouver le lien qui reliait notre époque aux théories des philosophes au programme. Elle relayait les informations de la révolte étudiante à laquelle elle prenait part chaque weekend.

Les lycéens, qui, jusqu’à cette époque, ressemblaient plus aux moutons de Florence la bergère de mon midi natal qu’à des révolutionnaires en puissance, la regardaient complètement abasourdies comme un être étrange venu de l’espace. Et moi, je tombais sous le charme.

De plus en plus, je m’ennuyais au milieu des champs de betteraves, durant les sorties forestières en compagnie de mon mari casanier. Je bovarisais à regarder pousser les feuilles de notre saule-pleureur, à rabâcher les mêmes cours, à fréquenter les même philosophes, je cherchais une échappatoire…

Le 24 mai, après le cours, Colette mit longtemps à ranger ses affaires. Quand nous nous retrouvâmes seules, elle s’approcha de l’estrade et me dit, en me regardant droit dans les yeux :

- Je m’en vais. Hier, J’ai eu  21 ans. Je ne passerai pas le bac. Je rentre à Paris.

 

Suite possible : Je quitte tout, les betteraves, le pleurnicheur du jardinet,  mon boulot, mon mari, et je la suis, à Paris.

 

 

On m’avait décrit ce lieu comme une zone de non-droit comme on dit aujourd’hui. J’avais été  étonné. Ce village de Seine et Marne n’avait jamais défrayé la chronique. Je m’y rendais avec une certaine appréhension.

Après le passage dans des villes dortoirs, je commençai à voir apparaître de grands espaces, d’immenses champs de betteraves puis j’arrivai à Brie Comte Robert. Ce nom m’avait tout de suite plu, ça sonnait bien. J’allais habiter le quartier des chaperons, ce fameux lieu de perdition qu’on m’avait décrit. J’avançais sur une avenue bordée de platanes et cherchais désespérément la pancarte des Chaperons. Rien, comme si on avait cherché à cacher ce quartier, comme si on en avait honte.

Je me dirigeai vers le centre-ville et arrivai sur une large place pavée entourée de petits commerces : un boucher, une boulangerie, une charcuterie, une papeterie, un café, évidemment, et même une mercerie. C’était donc ça ce terrible lieu. Je descendis de la voiture et me dirigeai vers un vieil homme qui sortait de la boulangerie.

- Pardon Monsieur, je cherche la résidence des Chaperons.

Je lus dans son regard, une certaine défiance et un peu d’étonnement. Il m’indiqua le chemin, ce n’était pas très loin, 500 mètres tout au plus. Il me regarda partir et me lança :

-Faites attention.

 

Je pris la rue des écoles, une vieille bâtisse en meulière faisait angle face à un lotissement plus récent. Un peu plus loin, un grand bâtiment rectangulaire avec une cour goudronnée bordée d’arbres : l’école Jules Ferry où j’allais enseigner. Juste à côté, une immense roseraie d’un pépiniériste et, en face, quelques vieux immeubles de 2 étages. Au bout de la rue, des petits bâtiments blancs de 4 étages cernés de bouleaux et d’espaces verts se dressaient derrière un parking. C’était là.

 

Je suivis de petites allées recouvertes de pavés octogonaux légèrement roses. Des enfants jouaient au ballon sur les pelouses, des femmes en boubou leur bébé sur le dos enveloppé dans un grand châle coloré, d’autres, un petit foulard sur la tête les surveillaient, tout en discutant. J’entendais des langues nouvelles, des accents au milieu de cris joyeux. Je m’arrêtai un instant et sentis des effluves d’épices. L’Orient aux portes de Paris.

Je poursuivis et arrivai devant le bâtiment C, un bloc de 4 étages blanc, collé, enchevêtré même avec le bâtiment B. Pas d’angles saillants, des formes arrondies coupaient les arêtes et, derrière, une petite butte herbeuse. J’entrai dans le hall, un groupe de jeunes fumaient et buvaient en parlant fort. Je leur demandai la loge du concierge. Ils m’indiquèrent un petit appartement au rez-de-chaussée du bâtiment A. Je m’y rendis, frappai au carreau. Il n’y avait pas de sonnette. Je fis le tour du bloc, personne... quand, soudain, derrière moi, une voix grave s’éleva.

- Si vous cherchez le concierge, il est occupé à sortir les poubelles.

 

Je me retournai et à ma grande surprise, je découvris un homme de petite taille bedonnant qui ne correspondait pas à sa voix. Il était habillé de couleurs vives, un pantalon à carreaux écossais trop court, un pull rouge, des lunettes rondes démesurées qui mangeaient son visage et une boucle d’oreille. Je le remerciai et il me proposa de m’accompagner. Nous longeâmes quelques bâtiments. Il me parla du quartier, des jeunes, de leur petit trafic, du concierge lunatique… Sa voix m’impressionnait. Une voix forte, puissante mais posée, une de ces voix qu’on ne coupe pas qu’on ne contredit pas. Une voix qui en impose. Je l’écoutais. Il parlait et faisait de grands gestes. Soudain, il me regarda, un regard bienveillant et imposant à la fois et me demanda :

- Et toi d’où tu viens ?... Je peux te tutoyer ?

Je le fixai, impossible de dire non. De toute façon, pour lui, c’était déjà acquis.

Je bredouillai un oui et commençai à raconter ma vie, mon travail, ma famille. Impossible de percevoir s’il m’écoutait. Il ne me regardait plus, de temps en temps, il hochait la tête en signe d’assentiment et tout à coup, il me demanda :

- T’aimes la musique ?

- Oui.

- Le rock ?

- Oui.

- Deep Purple, David Bowie ?

- Euh oui.

Il avait un tel ton dans ses propos même anodins qu’on était obligé de dire oui.

- Alors viens samedi 12 à la salle des fêtes, je joue avec des copains.

Et, il me plante là en m’indiquant le local à poubelles.

Je le regardai s’éloigner de sa démarche chaloupée, un peu précieuse vers un des bâtiments. Je ne bougeai plus, sur le coup de la surprise et réalisai que j’avais passé une demi-heure avec cet homme, je m’étais raconté et je ne connaissais même pas son nom. Je repris mes esprits, levai la tête et aperçus le concierge tirant une poubelle. Je me dirigeai vers lui.

 

Pitch de la suite :

 

Je vais emménager dans mon appartement. Je vais me préparer pour aller au concert

Un accident va m’empêcher d’y arriver.

L’accident va impliquer le compagnon de l’étranger.

Je vais le revoir à l’hôpital. La rencontre sera violente.

Le lien va se rompre.

Au hasard d’une fête dans un village voisin Évry-Grégy-sur-Yerres, je vais le retrouver avec ma famille. Je vais essayer de l’éviter, de le fuir. Mon attitude provoque une dispute avec ma femme. Il nous remarque, s’approche, intervient. Il me reconnaît et me parle comme si de rien n’était. Il appelle son compagnon.

Michel

 

 

 

L’atelier autour de Jean Giono

 

A ) Dire comment on a perçu le livre. (Tour de table)

 

B) Choix de Giono, car fiction, description. 1930  Giono est employé de banque, il écrit pendant son travail, fiche sur client : histoires démentes sur ses clients. Sources : double aspect de gens. Choses cachées, violences !

La mythologie grec et Homère (Ulysse c le rusé, l'inventif, héros de la parole, stratégie, il apparait et disparait,)

Errance, être migrants et personnages en déshérences, personnages entre deux maisons deux terres,

Tous les sens sont développés et même plus tel un aveugle.

Naissance de Pan : rapport 1er aux éléments, mais pas panthéiste. Rapport avec la nature ; infidèle, aride etc. Mais pourtant il s'y sent bien.

Giono : dimension surréelle, grands lieux, fantasmes,

Période : Manosque 1930 : récits brefs, fécondité de l'écriture, lyrisme, sourire de la terre : violence est plus sourde mais l'homme ne sait pas s'éveiller à la nature (Les vraies richesses),  villes qui n'a pas encore subies la guerre ou la modernisation. Découvre qu'il peut avoir de l'ascendant sur les autres.  Aime les femmes.

Première guerre : pacifiste ...  il n'est pas résistant, il va le payer de sa personne, il rédige des chroniques, Il se heurte aux écrivains de la guerre et c'est mal vu. Ceux qui vont le reconnaitre sont des journaux de droite. 

Modernité littéraire : qu'il maintient par illusion. Vont paraitre : Angelo, le hussard

L'œuvre va devenir une période romanesque, (Le grand troupeau), partie compliquée dans ces chroniques ; elles touchent la terre. Personnages : ressort dramatique, noirceur des personnages, période de maladie.

Il voulait écrire sur le temps présent : modernité.

Arriver à emmener le lecteur  mais il n'est pas bon élève.

Les auteurs écrivent en spirale. Pour Giono les choses ne sont pas si affirmées. Il nous emmène vers des personnages qu'il nous décrit comme étant presque irréels, trop romanesques.

La prose est mathématique, mais il en fait presque comme une moquerie (NOE) 

Inventer des histoires riches en inventivités, avec beaucoup d'esprit.

La tournure : Manosque : un peu foutraque, il part sur un sujet, puis hop, il crée des séquences.

Il parle de la nature : la tchatche. Mais par associations d'idées. Puis il rencontre quelqu'un, on ne comprend pas de suite pourquoi il en parle. On n’a pas l'habitude de ce style comme les auteurs qui ont essayé l'expérimental. (Duras...), L’anormalité. Or Giono procède autrement. Aujourd’hui on comprend la modernité du récit : ordre de l'excès, de la divagation, jouissance à raconter la vérité et aussitôt à s'en éloigner.

 

C) Comment raconter son livre ? Lecture page " Ainsi la colline... nous avons vu le nord et sud ... voyons l'Est. Tistou... on est propre "

 

D) 2ème amour de la mythologie, Virgile (Les Bucoliques), travail à la terre : admiration. La terre est rattachée au cosmos et inversement.  Dans le cosmos se passent des choses aussi comme sur Terre. Rapport avec la nature  qui n'est pas forcément gentille avec le personnage. Comparaisons.  Individus caractéristique mais il va être en rapport avec la nature. Ton impersonnel,  le ON.  Stylistiquement : la prose.  Il peint en décrivant la nature. Les éléments sont personnifiés.

Atteindre l'image, tenir la syntaxe, des reprises, des contrastes (cf Hugo), être pratique, la nature de Giono est une palette de couleurs, un panel de métaphores : réalité concrète et subtile.

 

E) Comment écrire ?  Page au hasard.  "La fontaine de la place..; le chien hurle son hurlement de lune... café des Arts... il a vu  sa peur de la petite queue "

Le village s'écoute de lui-même, la fontaine, le rideau, la peur ... c’est inexpliqué, puis il ramène à soi, à lui, Giono.

" Un soir je reviens de la montagne,… le buis de Tistou... jette le buis devant toi, quand tu reviendras... J'arrive au village, ... me voilà seul, le notaire...)  Les choses ne sont pas résolues : navette du village à soi. Rythme, information répétées simples mais qui prennent une valeur seule.

Itinérance, il ne met pas de la psychologie. Aujourd’hui on veut tout expliquer.  Or chez Giono, des choses restent en suspens. Pétage de plomb. La présence de l'Homme  vient déranger la Nature.

Prise de notes : Sylvie

 

 

Consigne 1

 

8 mots qui doivent être présents dans l’ordre :

Silence Nord marteau ciel colline tambour pied genou

5 phrases : 2 brèves la 3 commence par Il y a. La phrase 4 est la plus longue.  « Dans une énumération l’infini peut commencer. » Borges

La phrase 5 se termine par genou.

La phrase 1 contient une comparaison.

La phrase 2 contient un point-virgule.

La phrase 3, une énumération avec 4 éléments dans la 4 trois groupes nominaux inventifs (pas de clichés !)

la phrase 5 inclut un JE

 

Texte

 

1 Désormais le silence dévore l’espace.  2 Les mines de charbon ont déserté le Nord ; les gueules noires se sont débarbouillées définitivement. 3 Il y a cependant pour les touristes nostalgiques, des musées remplis de marteaux-piqueurs, de chariots, de casques et de pioches. 4 Au dehors, on a repeint le ciel en noir comme les collines, ces grandes taupinières qu’on escalade, encordés, le piolet piquant, de son bec de pic-vert, la peau de tambour du terril de géant. 5 je grimpe Comme les autres ; mon pied s’embourbe dans les scories ; de ma mère, je reçois une mornifle, de mes pantalons du dimanche, j’ai sali les genoux.

 

Consigne 2

 

Mettre au passé

Silence Nord marteau ciel colline tambour pied genou

5 phrases :

1 & 2 brèves

la 3 commence par Il y a.

La 4 est la plus longue.

La 5 se termine par genou

Dans 1 & 2 la 1 contient une comparaison ; la 2 contient un point-virgule ; la 3 une énumération avec 4 éléments ; dans la 4, trois groupes nominaux inventifs (pas de clichés) la 5 inclut un JE

On considère que le paragraphe 1 est notre histoire. Il faut que ça se passe de nuit c’est l’histoire d’un marcheur qui descend de la montagne vers la ville. Cette fois –ci :

Le JE apparaît dès la phrase 1

La 2 se termine par une exclamation

La 3 est suivie du mot marteau

La 4 est toujours la plus longue la bourrer d’impersonnels : Il – On – ça

La 5 : pas de Je au début, se termine par genou et à l’intérieur : Comme … mais

Toujours les 8 mots : Silence Nord marteau ciel colline tambour pied genou

 

Texte

 

1 J’avais longtemps pleuré comme un robinet qui fuit pour aller à la montagne, après un silence, ma mère avait cédé.  2 Equipés comme Jean-Louis Etienne,  en route donc pour le grand Nord !  3 Il y a 3000 km pour aller dans le grand Nord dit ma mère,  faut être marteau pour entreprendre une telle aventure : traverser les immenses plaines, s’affronter aux volcans en colère, enjamber les fleuves, éviter les hardes de vikings. 4  Je m’étais endormi aussi quand nous sommes arrivés, on avait repeint le ciel en noir de même que ces collines qui ressemblaient  plus à de grandes taupinières qu’aux montagnes enneigées des photos de sport d’hiver de mes copains de classe ; nous les avons  escaladées, tous les deux encordés, maman et moi, ça gelait, nos piolets piquaient, de leur bec de pic-vert, la peau de tambour de cette montagne de géant. 5 Derrière maman, je grimpais ; arrivés en haut c’était beau, on voyait les lumières de la ville, dans la vallée mais il avait fallu descendre comme des skieurs mais on n’avait pas de skis ni de luges ;  mes pieds s’embourbèrent dans la neige noire ; de ma mère, je reçus une mornifle, de mon pantalon de ski, j’avais sali les genoux.

 

Consigne 3

 

5 phrases

1 Propos rapporté phrase brève -« … »me dit Inventer un homme

2 décrire l’individu en 5 étapes : visage col haut bas chaussures (brièvement)

3 Il me montre dont groupe propositionnel

4 Commence par C’est une femme : couleur des vêtements  yeux chevelure à relier différemment au cosmos

5 ça doit tomber comme un couperet à la manière d’un aphorisme (pensée)

 

Texte

 

- Tu ne t’es pas fait mal ? me dit un homme dont la tête touchait le ciel.

La lune échappée des nuages lui faisait une auréole éclairant son visage barbu, son col blanc qui soulignait le haut de sa  soutane à petits boutons brillants qui lui descendait jusqu’aux godillots.

Il me releva, épousseta mes vêtements, de son bréviaire, me montra, en bas, sur la route une femme au milieu d’un troupeau de moutons et sans même adresser la parole à ma mère m’invita à aller à sa rencontre.

C’était une femme comme on en voit dans les livres d’images, vêtue d’une grande cape noire qui laissait entrevoir une longue robe blanche parsemée d’étoiles ; ses yeux larges yeux clairs reflétaient les rayons de la lune et les longues mèches de sa chevelure rousse copiaient les éruptions solaires des diapos de l’école.

Je me retournais ma mère avait disparu, ma joue était brûlante comme quoi la trace d’une gifle dure plus longtemps que l’amour d’une mère.

 

Consigne 4

 

Donner 7 mots qui font penser à Manosque des plateaux

sein – abeille – trou – thym – terrasse – pin – aubette

On peut se dire

ya de l’impersonnel,

peu de JE

Descriptions toujours imagées

La terre comme les individus sont reliés à plus vaste qu’eux

Ecrire 10 phrases : 8 brèves et 2 plus longues

Avec notre pays à nous.

 

Texte

 

« Le mont Saint-Clair, est une baleine échouée au bord de l’étang de Thau» dit-on à Sète.

Mais, à l’aubette, n’est-il pas plutôt, d’une sirène, le sein brodé en terrasses, élevant jusqu’au ciel des senteurs de thym et de sève de pins ?

C’est l’asile des nantis.

Des baraquettes, ça vous a fait des palaces.

D’un coup de baguette à fric, ça  vous a transformé chaque trou en piscine.

En bas, se tapissent les ruches remplies d’abeilles travailleuses.

C’est jour de tempête.

Au môle les vagues gourmandes avalent rochers, macadam et photographes.

 

 

 

1 : Le silence s’abattit sur le village telle une enclume. Au nord, un chêne frissonne, un merle s’envole discrètement. Il y a, sur la place, un vélo rouillé, une vieille jarre, une femme et un marteau dressé vers le ciel au pied d’un arbre.

La femme s’avance près du fier platane narguant la colline, ramasse le marteau menaçant et frappe méthodiquement le tronc arrogant.

Au rythme de ce tambour, je tape du pied, le tempo, des rideaux s’écartent, des yeux sortent des orbites, le calme est rompu, je tombe à genoux.

 

2 : Un silence d’enclume accompagne ma descente vers le village endormi, j’arrive. Au nord, un imposant sommet drape de noir la place ; j’ai peur !

Il y a, devant moi, un marteau dressé vers le ciel au pied d’un arbre, une vieille jarre, un vélo rouillé et une femme.

Elle avance près du fier platane narguant la colline, ramasse le marteau menaçant, frappe méthodiquement le tronc arrogant et on écarte les rideaux, des yeux sortent des orbites, ça s’agite, ça se prend la tête, ça lève les bras et ça vomit des maisons pour faire taire ce tambour.

J’observe puis lance mes pieds vers cette femme comme pour conjurer ma peur mais je la saisis fermement et la mets à genoux.

 

3 : Un homme me dit : Que fais-tu ? Lâche-la !

Il a le teint rougeaud, un col élimé, les épaules larges, une imposante bedaine posée sur des jambes courtes et trapues, le tout terminé par d’épaisses chaussures de marche.

Il me montre une forme sur un balcon au-dessus de la boulangerie.

C’est une femme vêtue d’une chasuble vaporeuse, la lune au bord des yeux, à la chevelure mangeant le ciel noir, qui m’observe. Je la regarde et deviens aveugle et sourd au monde.

 

4 :Il est là, c’est un jour d’orage sous une chaleur étouffante, des vapeurs s’échappent des bouches de métro comme des entrailles de la terre. Des senteurs âpres et rudes côtoient les passants. J’aime ces odeurs. On me dit que je suis fou ; peut-être, mais c’est chez moi.

Un long filament de chenilles crient à mes oreilles leur détresse. On klaxonne, on s’agite, on crie, on invective puis on se cache et on rentre dans le rang. Quelques lampadaires bredouillants offrent une lumière indécise sur ce trottoir sombre à la recherche du ciel, perdu dans cette étrange clarté.

Au loin, une longue barre troue l’horizon comme un trait sur l’image. C’est là, du dixième étage que je le suis. Il marche vite, court presque. Ici on ne marche pas, on court comme pour échapper à je ne sais  quel danger.

Michel

1

- Un paysage muet comme le silence.

- On entre dans le Nord  celui de  l'amitié, du coeur.

- Il y a des maisons briquées, des sols mineurs, des colonnes fumantes, des coups de marteaux et de grisou

- Les maisons rousses se serrent sous le ciel bas, pour mieux se réchauffer. Le café-chicorée très fort fait tourner les têtes qui sommeillent encore. Il est tôt sur les collines de charbon, trop tôt parce que le froid tape, comme un tambour combattant la tristesse.

- Je vais là où je dois aller, mes pieds connaissent les pavés , je mets enfin à terre genou.

 

 

2

Je descends une torche à la main un paysage muet comme le silence

On dévale le Nord;  naissance de ma vie !

Il y a des traces de marteaux, façonneurs de maisons briquées, des sols mineurs, des colonnes fumantes.

Ça dégringole de maisons rouges sous le ciel bas, on se serre pour mieux se réchauffer. Le café-chicorée, il tape très fort, ça fait tourner les têtes qui sommeillent encore. Il est tôt. Ça doit être gelé sur les collines, on sort trop tôt parce qu'il tape le froid du nord ; ça découle  du haut du terril. Ça glisse de la montagne de charbon.

Comme il est bon ce froid, mais mes pieds  reconnaitront-il les pavés ? Je  remettrais, un jour, là-bas, à terre mon genou.

 

 

3

"On m'avait dit que tu reviendrais un jour, je  t'ai longtemps attendu" me dit une voix forte, puissante.

Je lève ma torche vers lui : un faciès fermé, un col trop blanc serre son cou, un gilet, un pantalon troué tenu par un lien en corde,. C'est en me relevant que je vois qu'il est pieds nus.

Il me  montre une photo jaunie. Je sens mon sang se figer.

"C'est une femme très belle, non ? Elle porte cette robe verte qui illuminait ses yeux jaune, et tu vois, elle a toujours attaché ses cheveux roux au firmament de sa jeunesse.

Tu es revenu pour voir une morte.  Elle  te croyait au fond du trou."           

 

 

4

Mon pays, il est ... plat.

Enfin, c'est Jacques qui le dit.

Il est plutôt plateau, il porte des hommes et des femmes de la terre noire, des bergers,  de gueules noires qui descendent au fond.

Des fontaines claires ne jaillissent pas des  terrils.    

Il sait garder les secrets, les souvenirs, les légendes d'affaire familiale. Les fous rires autour des tables endimanchées autour de carbonades, de bières faites maison qui rendent saoules les "langues de belle-mère" tout autour de la verrière de ma tante.

Mon pays est loin.

Mon pays me suit encore,  pourtant. 

 

Sylvie

 

Je me souviens de toutes ces années qui auraient pu être de départs fournissant le décor de nouvelles possibilités... Tant d'années dans des lieux inconnus et, pourtant, le sentiment d'être embourbé dans un même chemin. J'ai changé de villes passant du village à  une métropole puis à la capitale puis j'ai même changé de pays mais toujours, toujours, je suis restée engluée les pieds pris dans une boue visqueuse et froide qui m'empêchait de m'envoler

Je nous revoie avec ma mère faisant les achats pour la préparation du trousseau exigé par l'internat. Il y avait encore de l'enthousiasme... mais après il y a eu ces promenades en rangs dans les rues ou au bord de la Moselle ou du canal, les feuilles tombées pourrissaient dans la boue, les rues tristes de cette ville garnison de l'Est de la France.

 

… plus tard…

 

Paris - la salle de bains de Pasteur-Petit, confiné bureau coincé entre fenêtre et baignoire à pieds dans un lieu de mémoire. De l'autre côté de la rue, un autre monde : l'Institut Pasteur qui accueille des étudiants chercheurs de tous les pays et moi petite étudiante en stage, paumée, je tombe amoureuse de Leonardo : il vient du Nicaragua en lutte dans ces années-là ; avec lui je découvre l'engagement politique, sa musique, ses chants... Il me présente ses copains... On baragouine, moi l'espagnol, eux le français dans les couloirs du métro et ils me font rire avec leur peau brune, leurs cheveux noirs, leur langue rocailleuse, leur enthousiasme, le plaisir d'être ici, d'apprendre et se former mais aussi et toujours celui de retourner au Nicaragua contribuer à une société nouvelle.

Sylviane

 

Restées sans doute en silence quelques secondes, dans l'habitacle, sans perdre le nord.

 

Il y a que Claire se demandait si l'objet qui se dirigeait vers nous allait nous percuter tel un  marteau tombé du ciel ou peut-être lancé depuis la colline d'en face, par un géant énervé.

 

Enfin cet objet d'abord non identifié, je te le dis Sylvie, ne ressemblait pas à un tambour, non pas qu'il n'émettait pas un son de roulement, ça je puis te l'affirmer et la voiture aussi qui faute de se le prendre sur le pied gauche, l'a reçu en plein museau, et sous le ventre jusqu'à en perdre une bonne partie de ses liquides, pas que de  refroidissement.

 

Je remercie ma voiture préférée pour sa fidélité, devant elle ce sera pour m'incliner, à terre je poserai un genou.

 

Corine

 

 

 

 

1 - Comme dans un édredon de plume, la campagne est silence. Silence d’un pays du nord dans le brouillard matinal ; tout se tait pour apprécier l’enveloppe dense et légère qui cache jusqu’au marteau oublié sur le chemin.  Il y a la rosée cristalline, le soleil qui ne perce pas le ciel, la colline au loin et les battements de mon cœur qui résonnent comme un tambour. Mes pieds me portent sans intention si ce n’est celle d’humer l’air saturé, d’admirer la blancheur aérienne et dense, de jouer parfois de l’harmonica. Et ce que j’aime sans doute c’est de poser mon regard sur les toiles d’araignées où dansent des gouttelettes de rosée gelée et pour cela je dois parterre poser un genou.

 

2 - Comme enfouie dans un édredon de plume, la campagne est silence et je marche. Silence d’un pays au nord de Monieux dans le brouillard qui pèse sur l’obscurité nocturne ; tout se tait pour apprécier l’enveloppe dense et légère !  Il y a bien le marteau dans ma poitrine qui frappe, la rosée cristalline indécelable à cette heure de la nuit, le soleil qui ne perce pas le ciel, les hauteurs du mont Ventoux qui ne se termine pas en colline mais qui résonne en écho à mon rythme comme un tambour. Les pieds des ils et des elles et des on d’ici, cheminent sans intention, si ce n’est celle d’humer l’air saturé, de penser à la blancheur aérienne et dense matinale, de jouer parfois de l’harmonica, une fois le jour levé. Et bientôt comme un petit animal mais pas trop agité poser son regard sur les toiles d’araignées où dansent des gouttelettes de rosée gelée et pour cela dans l’herbe poser un genou.

 

Claire

 

Atelier autour de Ramuz

 

 

Auteurs du XX. (La fête des vignerons, Le Paradis, Aline.)

Ramuz est suisse : langue française, mots simples à l'image de la montagne, sons, donne une âme à la nature, intrigue, la descente de Joseph : description, qualité d'écriture.

 

            Impressions.

Intrigue, suspense, situation surnaturelle, écriture orale et stylistique. Oralité, contée mais aussi difficulté dues aux répétitions.

Querelle ancien / vieux ; croyance : malédiction. Interrogation de l'homme sur la montagne.

Ce qu'il ne faut pas faire : essayer de trouver synonyme, formule anaphorique, répétition  "; ça ": insistance.

            Quels sont les enjeux de ce style ?

Pays vaudois.  Etude latin. Tension entre auteurs latins : traduction avec la langue française. Antiquité.

            La Bible : genèse, apocalypse (mort, cavaliers) Paul Claudel

2 intrigues  par la langue : tournure du vaudois, temps de narration différents. On se retrouve dans un espace-temps : passé, présent ou qui va se passer.

            Modernité de Ramuz : langue neuve qui s'appuie sur l'ancien. Compose une langue mystérieuse. Qui parle ?   Il y a le "nous" du village. On s'en prend au Président, mais le nous c’est les gens du village.

            Niveaux de lecture troublante : écriture en navette : entre village et la hauteur.

On est sûr de rien. Le lecteur n'est pas clairement informé. Forces occultes ?    Flaubert /  il est poète, dans ce Paris pour parler de ce pays vaudois.   (Aline)

En 14, il retourne dans ce pays. Il fait des textes mais n'est pas satisfait. Il sent qu'il a besoin de l'oralité. On sent qu'il va y avoir une montée, une problématique mystique, montée de vie (Victorine) qui devrait amener le bien, mais non la mort. Il met en échec nos attentes. La nature s'écroule sur le village.

            2 incarnations : nature, magnifique, puis roc. La montagne est un défi permanent. L'humain ne peut pas s'approprier la montagne.  Dit par le  ça . De l'indéfini, et la vie humaine vient se glisser dans le ça

La superstition : tous les destins sont mêlés, avec la nature. Paysage de confusion.

Personnages : viennent par nécessité, ou autres.

            La peur : elle vient vous saisir car ancrée dans la religion, récit du mal.

Désir d'enfreindre la peur, la maladie. On va défier quelque chose : croyance des anciens. Transgressions de la jeunesse.  Mais rien n'est formulé. 

 

  • Lecture : Il monte... quatre heure pour la montée... p24

Il crée par le choix des mots, une non vérité, pas de précision : tout est à peu près,  Niveau de temporalité, d'espace, de conscience...    Théâtre comme le sourd muet : le passé, le présent, le passé.  Il y a un milieu et une fin. Mais  on est dans l'incertitude.

 

  • Lecture : Joseph marchait ... il n'y avait que le bruit des pierres... les sonailles ... le filet d'eau...

Une déduction qui se fait maintenant, La poésie du XXème  il y a du On, du peut-être. (André Dubouchet)

Modernité de Ramuz : il est sec, intériorisé, sincérité,

L’Immense repose sur le détail. Oralité dans la modernité : Céline, (Mort à crédit). 

Queneau, les russes,  Beckett,      faire une trouée dans la littérature.

 

  • P 178: lecture  alors, le lundi ... Humour. Ironie quand les humains font les choses. D'où je parle ? Codification littéraire à changer.                                                                     (Philipp Roth, David Lodge)

Prise de notes  Sylvie

 

 

Consigne

 

User de l’impersonnel : il ça on – 

Chacun donne des mots qui évoquent l’impersonnel, l’imprécision :

qui ? On ne sait – vague – que sais-je – qui sait ? - qu’importe – rien – pénombre – ombre – silhouette – quidam – glauque – empreinte – nudité – là-bas – eux – celle-là -

délavé – incertain – brumes – interrompu – spectral

on croirait – une espèce de –

échappée – un genre de – brouillard – brouhaha – désert – yen a plein – ils ont dit que –

rumeur – lointain – voyons voir si – invisible

Utiliser impérativement :

comme 2x - ca 5X - semble – pourrait – apparemment

verre – nuit – vapeur – ciel – obscur

toit – colline – herbe – pierres – tuiles –

oiseau – homme – feuille – vie – main

 

Au petit matin  : dans un état serein avec la vue de ma fenêtre

osciller entre la vue et la vision

métaphores pour transcender ce que l’on voit

 

 

Ça  commence : un œil, un œil droit, un œil gauche, ça s'ouvre. Il semble que l'homme soit parti. La nuit s'est faufilée comme lui. Le ciel n'est plus obscur. Ça ne m'arrange pas, le ciel obscur me tend la main, me  dit : reste au lit. Il se pourrait qu'il y ait la vie, une vie derrière le verre.  Derrière le verre, les oiseaux, la vie déjà. Comme il est doux d'essuyer la vapeur sur le verre. Le toit a dégouliné, l'eau de la colline a dégouliné sur le toit, sur le verre. La vapeur s'est posée sur le verre. Ça  fait chaud, apparemment, l'herbe et les pierres sont chaudes. Ça doit être ça un matin sans tuile.

 

 

À midi  : vibration -  explosion -  tournures -  points-virgules 

 

 

On a mis la nuit dans son obscur bon débarras. Ça se voit qu'on n'a plus la nuit. Le verre explose, le verre a des collines de vapeur mal essuyées, cette vapeur de la nuit ; comme la main qui passe très vite sur le verre, y laisse des collines dessinées. On a eu vite fait de voir le ciel au travers le vert, on voit le ver-herbe des platanes. On pourrait se faire oiseau, homme-oiseau, sur le vert herbe des platanes se poser. Ça va de toit en toit, un œil à gauche, un œil à droite, les toits de tuiles, de pierre où se sont posés les oiseaux ; ça fait comme la vie, ça fait apparemment beaucoup de bien. Ça vie en bas, ça vie en moi.

 

 

 

Crépuscule : inquiétude (pas d'angoisse)

 

 

Comme la vapeur sur le verre, la vapeur faite collines dessinée par la main, comme la vapeur, la vie semble partir. Ça fait comme des silences, ça fait fuir la vie. Le silence des oiseaux, on pourrait ne plus les voir si l'œil ne s'habitue pas au ciel obscur, soudain obscur. Le ciel derrière le noir-herbe des platanes, on ne voit plus le ciel mais la nuit. Apparemment la nuit a glissé du toit, on pourrait croire que la pierre l'a rejetée, la pierre n'en pouvait plus ; la nuit ça faisait du bien avant, mais là, l'homme rentre.

 

 

 

Davan : Texte 4  Fiction séquence Nuit 

Introduction d'un personnage - la nuit est tombée mise en place de l'incertitude, mise en place de la nuit.

Pas de 'moi', vue du dessein, espace traversé par Davan le faire exister dans le texte, mais du rythme, comment il vit, déplacement, fiction du personnage qui vient là. On peut le nommer plusieurs fois.

Et toujours les mots : 

 

comme 2x Ça 5X semble – pourrait – apparemment

Et toujours les mots :

verre – nuit – vapeur – ciel – obscur - toit – colline – herbe – pierres – tuiles – oiseau – homme – feuille – vie – main

 

 

Comme une vapeur subtile, la nuit traverse le verre. Ça commence comme ça, le verre est nuit, s'installe le noir-herbe des platanes. Davan est là. On pourrait croire ça, qu'il vient de la colline, le ciel comme une main obscure, la main de Davan. Les pierres sont figées, figées les tuiles, Davan a figé la vie. La nuit apparemment ça ne l'ennuie pas, ça le transperce. Il est oiseau dans le noir-herbe des platanes. Comme l’œil ne se ferme pas, Davan attend.

L'œil se ferme, l'homme se renferme derrière le verre, derrière  le noir-herbe des platanes. Davan entre.

Sylvie

 

Matin

 

Un ciel encore obscur, traverse la fenêtre de la cuisine ; ça sentait encore la nuit ; ça fume sur les toits; aucun œil aux fenêtres, seuls les oiseaux avaient débuté leur danse. Ils sautillent dans l’herbe ; il sautillent espérant quelques miettes comme des mendiants qui attendent une main. Ils ont regardé vers la fenêtre ; ils ne m’ont pas vu derrière le verre drapé de vapeur. Ils sont repartis ; ils sont repartis comme des malheureux, vers d’autres fenêtres ; d’autres fenêtres où l’on sentirait la vie. Ils sont repartis mais ça n’a servi à rien. Apparemment, aucun homme n’a tendu la main. Il semble qu’ils n’ont plus sautillé. La colline, derrière, a autorisé un rayon de soleil ; le soleil a essuyé les tuiles ; le soleil a léché les vitres des voitures. La rue s’est animée ; ça a claqué des portes ; ça s’est précipité. Un homme est sorti ; des hommes sont sortis et sont montés dans leur voiture. Ils démarrent vite ; ils pourraient être en retard. On leur jettera la pierre s’ils sont en retard ; ça, ils ne veulent pas . On ne les voit déjà plus ; ils ont tourné au bout de la rue.

 

Midi

 

Le soleil frappe à la fenêtre ; la fenêtre a ôté son voile de vapeur ; ça sent la vie. La colline, derrière, observe ; la colline jette son ombre ; il semble qu’elle essaie de cacher l’oiseau, qui, ce matin, n’a pas eu de miettes ; là, l’oiseau en a un plein bec ; l’oiseau part comme un voleur dans ce coin obscur ; apparemment, il est tranquille. Des voitures arrivent ; des hommes en sortent ; ils semblent pressés. Ils ouvrent le portail ; le portail, c’est eux qui l’ont monté , de leurs mains ; ils étaient fiers. Ils entrent, l’oiseau s’envole ; il est rassasié ; il reviendra plus tard. On le voit s’envoler puis on ne le voit plus ; juste un point dans le ciel. Devant la cuisine, les feuilles de l’arbre tressaillent ; les herbes sursautent aux coups portés par le vent ; ici, il y a souvent du vent ; il pourrait arracher les tuiles ; il a déjà arraché les tuiles, a-t-on dit ; les tuiles du toit de la maison voisine ; c’était il y a quelques années ; ça avait été terrible ; tout le monde s’en souvient comme si c’était hier. La niche, elle, elle n’a pas bougé ; elle est là devant ; elle attend le chien ; le chien qui ne viendra plus.

 

Soir

 

La colline a définitivement englouti le soleil ; on attend la nuit ; le vent s’est couché ; les herbes se sont relevées ; elles tendent leur cou vers le ciel ; que cherchent-elles ? L’arbre a jeté ses bras projetant des ombres inquiétantes sur le verre des fenêtres ; il a jeté ses bras comme pour enserrer tout ce qu’il trouve autour de lui, les pierres, les quelques feuilles échappées de ses mains noueuses, les maisons. Ça fume sur les toits ; des vapeurs s’échappent des tuyaux ; ça s’éclaire dans les salons. Plus d’oiseaux, plus de chants ; la niche n’attend plus ; ça ne sert à rien, elle sait maintenant. On voit un homme ; on voit un homme qui ferme ses volets ; on distingue mal ; il semble jeter un œil sur sa voiture ; sa voiture, il la bichonne ; apparemment, il a peur pour elle. Les toits se couvrent d’humidité ; la lune apparaît ; la lune se reflète sur les toits ; un chat passe, c’est le chat de la voisine ; il sort tous les soirs ; il attend que tout soit obscur pour chasser. Au matin, on pourra trouver des présents devant sa fenêtre ; un oiseau sans vie ; un oiseau qui ne mendiera plus. Les voitures sont immobiles ; leurs propriétaires les ont délaissées jusqu’au lendemain ; ça ne claque plus les portières ; ça ne met plus l’autoradio pour occuper l’espace, combler le silence ; ça s’endort doucement.

 

Davan

 

Un homme a débouché du coin de la rue où se trouvait le chat ; le chat qui avait mangé l’oiseau. Il a un verre à la main ; il a posé le verre, il a posé le verre sur le mur et s’est penché. Il s’est penché sur l’oiseau; il a tendu sa main. Il a tendu sa main pour le ramasser puis l’a retirée, vite, très vite comme s’il avait peur. Il s’est relevé ; le verre est tombé. Ça  s’est agité dans les foyers ; ça a écarté les rideaux. L’homme s’est retourné. On a dit que ça pouvait être Davan ; Davan, il vient souvent la nuit, ici ; ici, dans le quartier. Il semble chercher ; chercher quoi, on ne sait. Il observe ; il observe tout, comme pour voir si tout est en place. L’autre jour, il est entré dans un jardin ; il est entré dans le jardin et il a arraché quelques herbes ; pourquoi, on ne sait pas. On a dit qu’il était un peu fou. Il semble que Davan n’a pas de toit ; il erre dans la ville, un œil sur tout ce qui l’entoure ; il cherche ; il s’arrête ; lève la tête vers le ciel ; il lève la tête toujours la tête vers le ciel, là, devant le mur de pierres du voisin. La colline lui fait face ; la colline le toise ; il semble indifférent mais inquiet. Des soirs, il reste plusieurs heures, ainsi, les yeux dans les étoiles, dos contre ce mur; d’autres soirs, il semble tourner en rond dans le quartier, comme si tous les chemins qu’il prenait, le ramenaient ici. Personne, ne sait vraiment qui il est. Il intrigue et on en a peur. Alors, on le regarde passer, s’arrêter mais on ne lui parle pas et ça depuis toujours.

Michel

 

 

Matin

 

L’aube à ouvert les rideaux. Ça a chassé l’obscur, l’encre noire des heures sombres.  Ça a éclairé l’indigo du petit matin. Il a plu cette nuit. Le ciel est là, derrière le verre éclaboussé de gouttes d’eau et de chiures de mouches, pâle comme un enfant malade. Les tuiles du toit d’en face s’arqueboutent comme dans une entrée en mêlée ? Ça souffle de la vapeur. Un oiseau perché sur le chapeau en triangle de la cheminée sans vie, qui plus jamais ne fume, s’ébroue. Il lève la tête, l’oiseau, il tourne la tête, l’oiseau, comme une girouette guettant le moment propice pour rejoindre, au carrefour de quatre pierres, ses petits qui pépient attendant le casse-croûte. Ça ouvre des becs plus grands que leurs ventres. Mais ça doit encore patienter. Là-haut, un goéland chassé  par la tempête, rode, apparemment engourmandé.

Des herbes peut-être des feuilles de fougères farouches, poussent dans les interstices de la façade ignorée des hommes. Elles dialoguent avec les géraniums des maisons apprivoisées.

Au-delà du toit, on sait les collines, on sait la garrigue, on pourrait voir la main plonger dans un bouquet de thym.

 

Midi

 

Au-delà de la vitre, la façade brûle au soleil de midi. On pourrait croire qu’un homme est venu, le matin, la repeindre en blanc. Ça blesse le regard qui caresse les pierres. Çà et là, la fraîcheur des feuilles, le vert des herbes épanouies dans les interstices, lui offre un havre. 

L’œil s’arrête dans la nuit d’une niche qui pépie. Deux becs affamés réclament dans l’obscur. Ça veut toujours manger dès que la nuit s’en est allée. Ça doit attendre que, dans le ciel qui surplombe les tuiles cuites bancales, passe le goéland. Il passe. Il est passé. Le champ est libre. Les miettes de pain passent d’un bec à l’autre et l’oiseau repart cette fois vers les collines chasser un morceau de vie, un ver, une chenille.

Un chant monte de la rue comme montent les odeurs des fritures et des fricassées. Ça s’attable partout. Une main rompt le pain ; ça partage le vin et les bons sentiments. Les cloches de l’église Saint-Paul remplissent l’air bleu parfumé au monoï. 

 

 

Soir

 

Dans le ciel qui s’éteint, les tuiles roses du toit d’en face se grisent comme le visage d’un homme dialysé. Même le verre de la fenêtre n’irise plus le décor. Tout est terne. L’obscur gagne les herbes et les feuilles nichées dans les interstices des pierres. Du côté du nid, apparemment, c’est le silence ; ça retient son souffle. Un chat funambule tente une approche. Ses yeux, comme ceux du démon, s’allument dans la nuit. Il a faim de petites vies qu’il croquerait à l’envi.

La ville dort, en silence. Soudain, si on prêtait l’oreille on pourrait entendre juste un feulement suivi d’un bruissement de plumes.

Là-haut, cette masse sombre qui arrive des collines, ça n’est pas la vapeur d’un tortillard haletant, ce sont des nuages qui menacent la ville. Comme sur un tableau noir, trois mouettes y tracent le mot FIN.

 

Davan

 

Le verre de la fenêtre obstruée par le rideau reflète la scène qui se déroule, là, sur le toit d’en face. La nuit est totale. Ça s’est éteint là-haut, dans le ciel. Tout s’est éteint, la lune et les étoiles, mangées par les nuages venus des collines du nord. C’est l’heure de l’obscur. La ville semble morte. On pourrait croire à une apparition si une main écartait le rideau pour épier la silhouette de l’homme qui marche ; ça marche sur le toit de la maison sans vie, de la maison aux pierres mal jointes ; dans les interstices : des feuilles de fougères et des herbes noircies par la nuit mais aussi des oiseaux engourdis. Ça marche et on pourrait l’entendre si seulement on prêtait l’oreille au lieu de dormir. Si au lieu de dormir on daignait s’intéresser, au moins une fois, à Davan qui, au milieu de la nuit, marche sur les toits de la ville endormie, marche sur le toit de la maison d’en face ! Le corps de Davan avance sur le toit, grand, maigre, comme un piquet où serait plantée sa tête au nez proéminent ; comme un flamant rose, Davan se déplace en mouvements saccadés mais silencieux. Parfois une tuile casse. Davan suspend son geste ; une jambe relevée sous le corps, l’autre, droite, posée en équilibre sur le toit.

De la vapeur s’échappe de la bouche de Davan. ‘Ça caille’ comme ils disent, ici. ‘ماذا تريد منى بحق الجحيم’ comme on dit chez lui ! Le vent s’est levé. Ça vous pénètre jusqu’aux os à travers la chemise blanche et rose de l’homme-funambule.

Davan casse le chapeau de la cheminée. Dans le quartier, rien ne bouge. En face on dort toujours. Le corps longiligne de Davan se glisse comme le hérisson d’un ramoneur dans le conduit. A l’abri, pour une nuit. Pas pour la vie.

 

 

 

 

 

Atelier autour d’André Dhôtel

 

Consigne

Chacun, à tour de rôle, énonce un fait.

On s’appuie sur ces bouts de phrases pour construire le premier chapitre d’un roman.

A deux reprises, chaque participant passera dans le confessionnal. Marc lira les textes, les commente à voix basse et donnera quelques conseils pour la réécriture.

 

Textes

 

 

Le piège

 

N’ayant pas mangé depuis plusieurs jours, chassé, poursuivi, il court dans cette épaisse forêt. Des heures qu’il court pour leur échapper. Et, le voilà perdu. Il a faim. Des campagnols, des poules, il n’en peut plus. Il cherche. Il s’arrête, au bord d’une clairière. Il hume, écoute, tourne la tête et aperçoit des baies rouges. Il s’approche. Il a trouvé. Des mûres. Il se rue sur les fruits et, un bruit de ferraille lui tire un cri. Il s’agite, sa patte droite ne lui obéit plus. Il tire, tire, tire encore ; un bruit de chaîne le ramène à chaque fois à son point de départ. De guerre lasse, il s’arrête et, attend, tapi sur un lit de mousse, tous les sens en éveil.

Un bruit de feuilles lointain le surprend. L’animal se recroqueville, cherche à entrer dans le sol mais il a mal. Il retient un gémissement ; les bruits se rapprochent. Des pleurs, il entend des pleurs. Il ose un regard. Il est là, à quelques mètres, débouchant d’une allée de chênes. Un enfant. Il va à droite, à gauche, s’arrête, repart, affolé, des larmes plein les yeux. Le garçon s’arrête devant un buisson. Il regarde le ciel qui commence à s’obscurcir et les larmes qui se déversent de plus belle. Il cherche une allée, une issue. Il a peur, il est perdu et la nuit qui s’empare peu à peu de la forêt.

Une nuit de pleine lune qui inonde la clairière et vient frapper le buisson devant lequel le renard est tapi. Le garçon se retourne toujours en quête d’une allée, d’une issue et il est pris d’un rire nerveux.

« Tu t’es fait prendre, bien fait pour toi. Mon père en a assez que tu lui tues ses poules. »

Le renard essaie de se redresser, de fuir, les dents s’enfoncent un peu plus dans sa patte et le ramènent à la raison. Il ne peut pas, il ne doit pas bouger.

L’enfant l’observe, il s’approche lentement. Le renard rentre sa tête, fuit le regard. Il se sait vaincu. Il attend. Un coup de tonnerre retentit. Le petit garçon sursaute, cherche un refuge. Un éclair traverse le ciel. L’enfant vient se lover près du renard. Il se met en boule, ne faisant qu’un avec l’animal. Il cache sa tête dans sa capuche et ferme les yeux. Le renard l’accueille sans broncher, c’est sa seule chance de survie. Il le sait. Ne pas bouger.

Le vent se met à souffler balayant tout sur son passage. Durant quelques minutes les deux compères restent prostrés. Un second éclair embrase la clairière, le renard se soulève brusquement, puis tout redevient calme. Plus aucun arbre ne tremble. Le garçon lève la tête, regarde autour de lui, un amas de feuilles forment un mur contre le buisson. Il se tourne vers l’animal. Il ne bouge plus, sa queue est noire. Il le caresse. Le renard se met à gémir et le regarde. L’enfant ne sait lire dans ses yeux,

 mais se sent de plus en plus proche de l’animal. Il a pitié. Il s’en veut de s’être moqué. Il veut se racheter. Il le caresse encore. Ils restent ainsi de longues minutes.

Les oreilles du renard commencent à s’agiter. L’enfant tend la sienne. Des pas, il entend des pas et des voix. Il se tourne  et aperçoit au loin deux chasseurs. Il cligne les yeux pour mieux voir. Il les connaît. Ce sont des amis de son père. Il ne les aime pas. Il en a peur. Il regarde à droite, à gauche pour se cacher. Rien. Juste ce buisson. Il s’enveloppe dans son anorak, tire le renard, traverse le mur de feuilles et s’enfonce dans le buisson de ronces.

Les deux hommes arrivent dans la clairière, ils parlent fort. Leurs gibecières sont gonflées.

- Marlène va être contente. Deux faisans et un lièvre, on va se régaler.

 

Ils passent devant le buisson, le garçon retient son souffle. Il ne regarde pas. Il est au bord de l’étouffement. Il reprend de l’air, ouvre les yeux et les voit emprunter une sente étroite bordée de hêtres sur la droite.

Il attend encore quelques minutes et se penche sur le renard. Il ne bouge plus. Affolé, il sort de sa cachette. Les ronces lui lacèrent le visage, les mains. Il ne sent rien. Il doit délivrer l’animal. Il le pose sur la mousse et essaie de libérer cette patte. Un premier essai voit le renard sursauter et les dents s’enfoncer un peu loin dans la chair. Le garçon regarde autour de lui, il attrape deux bâtons. Il les place de chaque côté de la patte et écarte les mâchoires. Le renard sort son membre blessé. Le piège se referme et son clac vient troubler le silence de la nuit..

L’enfant examine la patte de l’animal. Le pelage est brun foncé, de quatre petits trous s’échappent des gouttes de sang. Il doit le ramener chez lui pour le soigner. Il prend le renard dans ses bras et se dirige vers la petite allée qu’ont empruntée les deux chasseurs. Cela doit bien mener au village, pense-t-il.

Il marche, à chaque bruit, il tressaille et s’arrête pour observer. Le temps lui paraît interminable, ce chemin, sans fin. Après de longues minutes, il débouche sur une grande allée. Son cœur se met à battre plus fort. Il touche au but. Le renard dresse ses oreilles. Le garçon sent le corps de l’animal se raidir. Il s’arrête. Un bruit de moteur…

C’est elle, il en est sûr. C’est la 2 CV de son père. Il le cherche. Il court au-devant de la voiture en hurlant « papa, papa... ». A chaque pas, le renard glapit. L’enfant court, il a oublié la peur, il ne sent plus le poids de l’animal. Il avance droit devant, sans voir, ébloui par les phares. La voiture s’immobilise devant le garçon. Il est heureux, soulagé. Deux hommes sortent. Il n’y a pas son père.

 

 

Le renard et l'enfant

Chapitre 1

Il ne l’a jamais traversée, cette forêt. Chaque fois qu’il errait à proximité, il l’évitait, obéissant à une sorte de pressentiment. Pourtant, il engage ses pattes sur ce sentier bordé de châtaigniers, de chênes et de frênes. Il s’enfonce dans la pénombre du sous-bois. Il fouille la terre, ranime des odeurs de passages sauvages. Sous une souche foudroyée par un précédent orage : un terrier. Le renard y fourre son museau, gratte pour élargir le trou, plonge une patte, renifle encore. Rien que le vide et des relents de vie. Les tiraillements de son estomac deviennent plus douloureux. Un coucou répond à un hibou. Tout là-haut, dans le ciel qui s’obscurcit, les cimes se frôlent, secouées par le vent. Des gargouillis s’échappent du ventre du renard. Il y a si longtemps qu’il n’a pas eu l’occasion de se gaver de viande fraîche ! Faute de poulet, de lièvre, il doit se contenter de quelques mûres et framboises déjà rabougries. Il va ainsi de ronciers en taillis quand une mâchoire se referme brutalement sur lui. Il tire de toutes ses forces : peine perdue. Il se couche sur les fougères. Tente encore une fois de se délivrer. Il couine, abandonne, se recouche, gémit. Longtemps il se lèche la patte qui ne cesse de saigner. Il trompe sa faim. Une solution s’impose à lui : se libérer en se mutilant. Au loin, des pas, sur le sentier. Le renard flaire l’air et reconnait l’odeur de l’homme.

Un enfant approche. Un jeune garçon blond en survêtement et chaussures de sport. C’est Arthur. Il marche vite. Parfois se retourne. Pris d’une envie soudaine, il quitte le sentier, trébuche, tombe. Ses yeux, au travers des branchages épars, se posent sur l’animal immobile, oreilles rabattues. Il s’approche, voit la patte et le piège. À la tache blanche entre les oreilles, il reconnaît le satané renard qui, le mois dernier, a semé la panique dans le poulailler de sa grand-mère. Il a creusé un passage sous le grillage : trois poules massacrées, cinq décampées. Ils ont dit que c’était sa faute, à lui, parce qu’il n’avait pas posé les madriers le long du poulailler. Il a été frappé plus fort que d’habitude. Mémé l’a défendu. Elle a dit : Les  madriers c’est trop lourd pour un gosse de 10 ans. Arthur est content d’avoir sous la main le vrai coupable. Attrapant un bâton, il agace l’animal captif, en ricanant.

- Mémé Poule est vengée et moi aussi, à la bonne heure !

Ah ! Mémé Poule, c’est bien la seule personne qu’il regrette d’avoir quittée. Elle doit être triste qu’il soit parti. Les autres débarrassés, à coup sûr ; un peu embêtés aussi et c’est bien fait !

Des éclairs soudains chassent l’obscurité du bois. Dans ce laps de temps lumineux, surgissent trois hommes, l’un a une arme au poing, les deux autres portent des sacs qui allongent leurs bras. Des contrebandiers, à cette heure. La forêt longe la frontière. L’enfant se tapit, retient son souffle. Pourvu que le renard n’attire pas l’attention ! La bête cesse de gémir, ne bouge plus. Les hommes passent. L’un demande pourquoi les vampires vivent dans des châteaux mais dorment dans des cercueils pas confortables du tout. Les autres ne répondent pas mais rigolent. Arthur ne rit pas. Les vampires, ça le fait pas rire, les fantômes non plus. Les contrebandiers s’éloignent vers l’orée de la forêt. Le danger passé. Il commence à pleuvoir. Arthur entreprend de libérer l’animal complice. Il sort une chaussette de son sac à dos et improvise un garrot comme il l’a vu faire à la télé.

- Si un jour je la revois, Mémé Poule, je lui dirai que t’es pas un mauvais bougre, dit-il en caressant le pelage roux et rugueux.

Le renard pose longuement son regard jaune dans le bleu de celui de l’enfant et s’en va, claudiquant, sur le sentier.

Un bruit du moteur. Un faisceau de lumière. Le renard noyé dans les phares se jette dans un buisson. La 2CH jaune ralentit et s’arrête, juste à la hauteur d’Arthur.

Son père et son oncle Gérard en sortent, torches à la main.

 

Chapitre 2

Les hommes : le père et l’oncle d’Arthur le poursuivent, le rattrapent, l’enferment à l’arrière de la fourgonnette. Le renard a vu la scène, contourne la voiture qui fait demi-tour, se poste 50m plus loin. La deuch s’élance. Le renard traverse. Le chauffeur perd le contrôle. La voiture s’écrase contre un arbre.  Les passagers sont groggys, Arthur s’échappe et continue sa cavale en compagnie du renard.

Photos - Sylvie

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