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Des virées culturelles et jouissives, à la rencontre de paysages, de sites, de gens, de saveurs, d'artistes, d'Histoire et d'histoires

 

 

Les carrières de lumière aux Baux de Provence

 

 

"Van Gogh, la nuit étoilée" (2019) propose une déambulation dans les plus grands chefs-d’oeuvre de Van Gogh et retrace la vie intense de cet artiste fasciné par les teintes chaudes et colorées de la Provence.

 

 

 

En route pour les carrières de lumières

 

Préambule

C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de 15 étages. Quand il passe devant le balcon du 14ème étage, il se dit : « Jusqu’ici tout va bien… »

 

Eh bien, nous sommes ce mec. Nous c’est Krikri, Mireille et moi. Dans la voiture qui nous précède : Alberte, Viviane et Françoise.

C’est krikri qui est au volant du ‘Diamant noir », une pimpante Twingo noire. Aujourd’hui, elle conduit… Si, si, elle y tient ! Ça lui fera une expérience. Seule, elle n’ose pas prendre la route, aller trop loin, pas même à Montpellier.

Mireille est à la place du mort. Elle se cramponne à la poignée, en haut, au-dessus de la vitre.

Moi, je suis derrière. Je ne mets jamais la ceinture à l’arrière, je m’en confesse, que la police de la route me pardonne ! Mais aujourd’hui, je la mets. Un petit clic vaut mieux qu’un grand choc.

Dans la voiture qui nous ouvre la route Alberte, Viviane et Françoise lèvent le pouce.

Krikri - Elles n’en reviennent pas, moi non plus d’ailleurs !

Mireille me jetant un regard : - Pourvu qu’on en revienne… des carrières !

On arrive à Palavas, c’est un peu notre 14ème étage.

Une voiture veut forcer le passage sur notre droite et se glisser au milieu de notre convoi :

Krikri - Non, Monsieur, je ne vous laisse pas passer, je les suis !

Moi - L’essuie-glace, Krikri, tu devrais arrêter l’essuie-glace !

Ce n’est jamais facile de contrarier un essuie-glace qui n’en fait qu’à sa tête et se déclenche intempestivement.

Un rond-point habité par un géant flamant qui milite en faveur du vin des sables. Krikri a une conduite sportive - surtout dans les virages – genre Belmondo, pas le père le fils. La ceinture de sécurité que j’avais confortablement coincée entre mes seins, se libère et me saute au coup en me faisant un étranglement.

Mais jusqu’ici, tout va bien.

La route nous appartient. Nous avons évité l’autoroute, ses camions et ses bouchons.

Krikri : - Aîe, aïe !

Moi : - Qu’est-ce que tu as ?

- Krikri : Je me suis pincée pour voir si je ne rêvais pas ! Vous vous rendez compte ? Je conduis !

On est déjà en Camargue. Au bord de la route paissent des chevaux qui ne lèvent même pas la tête pour nous voir passer. Ils ne se doutent de rien. J’envoie un mail à Françoise : Merci de choisir un joli coin pour prendre des photos et un petit coin pour faire pipi.

Aussitôt : Arrêt-pipi-moustiques. Le petit coin est doublement pourri. Aucune raison de faire la moindre photo et l’aire de stationnement n’offre qu’un lieu d’aisance qui par la foule des kleenex et des étrons témoigne de l’affluence touristique estivale. Je fais, jette mon mouchoir dans la poubelle, il y tombe solitaire, ses congénères étant restés sur le talus.

Mes compagnes de voyage, moins pressées, plus délicates sûrement préfèrent le goudron avec vue malgré les efforts déployés pour cacher leurs culs nus.

Nous remontons dans les voitures. Krikri soupçonne le diamant noir de sentir le chaud. Mais c’est le 13 ème étage. Jusqu’ici tout va encore bien.

Nous approchons d’Arles. Un voyant orange s’allume sur le tableau de bord, non deux : un réservoir et une clé de 12.

On s’arrête im-mé-dia-te-ment !

On ouvre le capot. Ça fume. L’air danse tout autour d’une zone précise.

Là ça ne va plus du tout et pourtant nous n’en sommes qu’au 12ème étage ! Il y a le feu au balcon !

Un coup de fil à l’assurance. Un coup de fil à l’assistance. On nous envoie une dépanneuse. Là voilà. Elle charge le diamant noir qui fait moins sa maligne, elle charge aussi Viviane et Krikri dépitée, rageuse, contrariée, inquiète pour notre journée.

Nous suivons le corbillard. Mais après tout il n’y a pas mort d’homme et la panne est sûrement réparable.

Il est midi au garage Renault. Krikri fait amie-ami avec un ambulancier associé dans le même malheur.

Le garagiste ouvre le capot du diamant noir, ouvre le réservoir d’eau, enfourne dans sa gueule 5 grands litres d’eau, il pourrait en mettre plus… Il se saisit d’un outil pour mettre de la pression. Le résultat ne se fait pas attendre. Diamant noir perd les eaux et enfante à coup sûr d’une tuile de taille !

La voiture immobilisée, faut prendre une décision. Ça caquette dans le garage, seules Mireille et Viviane se montrent discrètes. Les autres ont toutes une opinion.

- Le garagiste : Il n’y a pas de chef ! Tout le monde parle. Alors qui est la plus sévère  pour parler à l’assistance qui a déjà rechigné à prendre en charge les frais élémentaire ?

Alberte lève le doigt. C’est elle qui s’y colle.

Le garage Renault loue des voitures. 35€ pour 100 km. Voilà la solution qu’il nous faut. On la prend, on va aux carrières, on la ramène et Krikri prend le train. Non Krikri, Viviane et Moi penons le train ; Alberte a obtenu de l’assistance qu’ils prennent les billets à leur charge ! Bingo !

Les carrières de lumières ? Une féérie de couleurs, de sons et de lumières. Nous ne regrettons pas notre virée !

 

Mes vidéos sont trop sombres, sans son ni Dalida ! J’enrage ! Mais je compte sur Françoise et son équipement number one !

Des nouvelles du Diamant noir ? Dès que j’en ai-je vous en donne !

 

J’en ai : Elle est morte !

Avec le train à 1 euro, le car à 1 euro, rien ne nous arrête !

 

A nous Perpignan, à nous Céret, à nous l'exposition d'Aristide Maillol !

Une aventure de la Fabrikenbalade, signée Viviane
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Jeanne est allée au Maroc, elle témoigne

« Les yeux leur mangent la figure », c'est l'expression qui m'est venue immédiatement à l'esprit en les voyant.  Cette expression je crois bien que c'est ma grand-mère qui l'utilisait et je ne l'ai plus entendue depuis cette époque mais c'est immédiatement ce que j'ai pensé en les voyant apparaître à ces feux rouges sur cette large avenue qui menait à l'aéroport de Fès. Ils sortaient de nulle part avec leur peau d'ébène qui contrastait tant avec la couleur pain d'épices  de celle des Marocains. Dans leurs habits sales et trop larges pour eux, ils se jetaient sur les voitures à l'arrêt pour demander quelques pièces. Et leur regard lourd et fatigué vous transperçait. C'était tellement inattendu pour moi, ce fut un choc émotionnel intense et ces images se sont incrustées dans mon esprit. Nous nous étions habituées à déambuler dans la médina de Fès, refusant d'un geste ou  mieux encore d'un choukrane bien sonore toutes les propositions des rabatteurs pour un bon repas de tajine ou un thé à la menthe et d'autres  choukranes encore aux vendeurs des échoppes qui nous proposaient sacs ou épices, la misère ordinaire d'un peuple qui cherche à s'en sortir en vendant tout ce qu'il est possible de vendre avec convivialité et un sens extrême de l'humour.

 

Mais dans ce faubourg de Fès, c'était autre chose. Bien sûr j'avais lu des livres, des articles de journaux sur les  périples semés d'embuches et de dangers  de ces migrants prêts à tout et au péril de leur vie pour fuir l'horreur.

 Ces silhouettes sorties de nulle part portaient  toute la misère et la souffrance de l'Afrique alors que nous étions confortablement installées dans notre voiture de location, passeport, billet d'avion et carte bleue à portée de main. Pour moi, c'est un choc terrible et ces images resteront marquées dans mon esprit à tout jamais. Eux aussi étaient des voyageurs mais ils voyageaient au prix de leur vie, laissant derrière eux leurs attaches et leur pays pour un ailleurs mais lequel ? Chacun d'eux avait une histoire, une maison, une famille, des rêves mais c'était la guerre et la famine qui les faisaient fuir, remonter l'Afrique, traverser la mer et prendre tous les risques  pour atteindre l'Europe, pour survivre tout simplement.

Tous les itinéraires vers l'Europe sont envisageables pour eux, même s'ils savent que leurs chances de passages sont extrêmement minces ; c'est l'instinct de survie qui les fait avancer, traverser des zones à risques, se noyer dans les mers mais leur détermination est plus forte que tout et ils sont prêts à affronter tous les dangers. S'ils échouent, ils recommenceront. Le Maroc avec Gibraltar si proche est la promesse d'un ailleurs, d'un meilleur. Gibraltar comme la Tunisie sont les bouts d'Afrique par lesquels ils espèrent quitter l'Afrique. Ce sont les  portes de sorties, les goulots par lesquels l'Afrique se vide. Rien ne les arrêtera, leur détermination est plus forte que tous les gardes côtes et les militaires qui veillent.

Et c'est aussi cette détermination là que j'ai lue dans leur regard lourd et fatigué.

Et je me suis dit que cet Africain, à ce carrefour, à la maigreur extrême, au regard si fatigué cela pourrait être moi, cela pourrait être nous.

 

 

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