Ailleurs d'accord, mais où ? Pour qui ? Pour quoi ?

Dans les musées, dans les médiathèques, au théâtre, au concert...

Ecouter, Regarder, écrire, apprécier...

 

Voici quelques retours de spectacle, sans filtres...

 

Année 2019

 

Didon et Enée de Purcell T.M.S. 6-4-2019

 

La musique de Purcell !!!              

 

Bravo à l’Ensemble Diderot !

 

Décor minimaliste, élégant, comme prêt à s’envoler pour le Parnasse. Voiles, voiliers, départs, retrouvailles ? Pour aller là où l’aventure l’appelle. Ou plutôt là où les dieux le lui commandent. Abandonner son amour sans espoir de retour.

Les lumières – Jeux d’ombre et de lumières tamisées ou crues. Les transparences, révélant entre rêve et réalité. Entre souvenir et actualité, nous passons de l’ombre à la lumière puis à l’ombre encore…

Superbes chanteurs ; jeunes, talentueux, enthousiastes. Défendant cette histoire d’amour qui « donne tant de plaisir en faisant tant souffrir » comme Enée le chante au début.

Cupidon a lancé la seule « flèche que redoute le guerrier ». À quel dieu va-t-il se soumettre ? À Mars ou à Cupidon ? J’avais choisi Cupidon, mais c’était si beau que je suis arrivée à avoir de la compassion même pour la sorcière !

Trop belle pour être si courte, la scène des adieux. J’aurais bien opté pour un BIS !!!

Bravo à tous, et bravo pour votre programmation.

 

Viviane Seroussi

 

 

14 mars 2019

 

 

Birkin /Gainsbourg : le symphonique...

 

La brasserie du théâtre va fermer, des consommateurs échangent, entre amis, leurs avis sur le symphonique

Birkin /Gainsbourg.

 

A Jane Birkin,

Un nombre d’admirateurs, «Munkey Diaries», entre les mains vous attendent fredonnant quelques chansons...

Je me faufile. J’écoute, ils parlent de vous. De Charlotte, comme si elle était une proche !

«Une chose entre autre, que tu ne sais pas, tu as eu plus qu’une autre, le meilleur de moi. Merci Serge ».

Votre concert si bien orchestré par l’ensemble philharmonique de Montpellier. La complicité. Un baiser sur la main du violoniste. Votre voix délicate était si palpable. L’émotion plane sur chacun et au-dessus de nous comme une arabesque magique. 

Puis vous arrivez lentement, au bras de votre directeur artistique, qui vous conduit à une table. Malgré l’interdiction de celui-ci de prendre des photos, vos fans n’ont pas voulu entendre…  Moi non plus. Vous laissez faire… Hélas, j’ai été bousculé tant de fois que les clichés sont flous ou c’est le noir….  Alors j’abandonne. Je choisis de mémoriser ce que je vois de vous : j’absorbe votre sourire, vos brèves paroles, vos gestes.

Votre sourire illumine votre visage et votre regard se pose avec douceur sur celui ou celle qui réclame cet autographe tant désiré. Une jeune fille, à mes côtés, a eu sa dédicace mais ses semelles semblent scotchées au sol.  Vous avez emballé nos cœurs, nous sommes imprégnés de vous, on vous aime.  Je vous ai découverte sur la scène et là vous êtes à quelques mètres de moi. Vous m’avez apporté un bonheur intense par votre grandeur d’âme.  Vous n‘êtes qu’amour. Une artiste inégalable. Merci Jane.    

 « Qu’est-ce qu’il en aurait pensé Serge ? »  

Que vous êtes sublime.

« Il aurait été ému aux larmes.»

Ce sourire qui ne vous quitte ni sur la scène, ni là à cette table. Avec complaisance, vous dédicacez beaucoup de livres. J’ai de la chance, c’est à moi, vous levez votre tête : je suis impressionnée. Je tends mon programme et je bredouille « Krikri ». Vous n’avez pas compris, votre directeur artistique épelle chaque lettre.

Il veut stopper l’affluence qui réclame photos et dédicaces. Vous offrez de votre temps malgré la fatigue et la souffrance que vous dissimulez.

Enfin, votre directeur artistique sollicitera notre bienveillance, il a l’air inquiet. Nous saisissons illico le message en réalisant « quand bien même ! Tout était vrai !»

Nous vous regardons partir, appuyée sur son épaule. Dolly collé à vos baskets.

Quel honneur de découvrir cette symphonie de « L’Anamour »  dans ce théâtre Molière,  grâce à vous Mme Sandrine Mini …  

et merci à Hélène Villain.

 Krikri

 

 

 

20 février 2019

 

Traviata

 

- Impressions -

 

Il a été question pendant plus dix minutes de quitter la salle (j’avais beau le savoir que c’est une interprétation, ma culture a la peau dure) quelque chose en moi résistait, ne voulait pas « se faire avoir. » Trop c’est trop. C’était quoi cette réduction, ce résumé ? Mais où étaient passés le luxe les lustres, les crinolines, les bouclettes et les beaux habits ? Et l’ampleur de l’orchestre ? Faire moderne ?, moins cher ? Mélanger les genres ? Et puis ils étaient si jeunes ! Pouah !

Puis insensiblement, j’ai arrêté de trépigner, d’avoir une fesse en l’air prête à bondir vers la sortie – J’ai lâché, abandonné mes exigences, mes certitudes, accepté de me laisser bousculer, et posé un pied, d’abord méfiant, puis me suis glissée entièrement dans l’intimité de Traviata pour un moment trop court de bonheur.

Très moderne et très beau spectacle.

Ravissement de voir des chanteurs, excellents acteurs, excellents musiciens.

 

Viviane Seroussi

Seuls de Wajdi Mouwad

 

Mercredi 30, jeudi 31 janvier, vendredi 1er février

 

TMS

 

Je me souviens de Seuls

 

Je me souviens de mon étonnement en voyant Wajdi Mouawad, alias Harwan, en slip, seul, sur la scène évoquant, devant le public médusé, sa thèse de 1500 pages sur Robert Lepage.

Je me souviens comment il aborde avec dérision cette foutue de conclusion qu’il n’est pas capable d’écrire.

Je me souviens de la conversation téléphonique qu’il échange avec son père. Ce père qui n’est pas sur scène, dont on n’entend pas les répliques mais qui est si présent à nous. Si distant de Nawal à tel point que le fils raccroche après avoir lancé un ‘Merde’ à la tête de son père.

Je me souviens de l’image de son double qui s’échappe de son corps pour passer de l’autre côté, alors qu’il est allongé sur son lit. Mais où va-t-il ?

Je me souviens de ses réminiscences : des photos en gros plans de couples, lui et une femme. Sa femme ? Léa ? Celle qui ne répond pas quand il l’appelle au téléphone.

Je me souviens de son projet d’aller rencontrer Robert Lepage à Saint Pétersbourg et de sa façon ô combien naïve de penser qu’en une semaine il peut obtenir un passeport et un visa !

Je me souviens de la cabine Photomaton et des portraits d’Harwan qui défilent comme défilerait son passé, à toute vitesse mais qui s’attarde sur son visage d’enfant.

Je me souviens de l’explosion, là, dans la cabine, dans tout le théâtre ; tous les spectateurs ont sauté en même temps de leur siège.

Je me souviens de l’annonce du coma de son père. Brutale.

Je me souviens de sa visite à l’hôpital. Il est devant son père. Moment d’intense émotion. Il voudrait parler à son père en arabe mais comment faire quand on ne sait même pas dire ‘’fenêtre’. Evocation de ses rêves d’enfant  Quand j’étais petite, je voulais être une étoile filante. En un raccourci le voilà près de devenir Professeur d’université. On passe de l’Idéal au pragmatique. Rires.

Je me souviens de son arrivée à Saint Pétersbourg, juste après le départ précipité de Robert Lepage aux Etats-Unis ! Incroyable non ? Du burlesque ?

Je me souviens qu’Harwan est enfermé toute une nuit dans le Musée  de l’Ermitage, de la parabole biblique et du tableau de Rembrandt, Le retour du fils prodigue. Une transposition ? Harwan imagine le retour de son père à la vie ?

Je me souviens que je suis de plus en plus perdue.

Je me souviens de la voix de Leïla, la sœur d’Harwan qui m’éclaire en même temps qu’elle éclaire son frère. Ce n’est pas le père qui est dans le coma mais Harwan lui-même.

Je me souviens alors de tous les indices semés par l’auteur tout au long de la pièce : les incohérences, le téléphone débranché qui cependant continue à sonner, la poursuite de Lepage, le double qui secoue le lit d’Harwan sans jamais réussir à le réveiller….

Je me souviens de mon admiration pour cet écrivain qui ne laisse rien au hasard, qui provoque en un même spectacle – ponctué d’une musique lancinante, de bip-bip de monitoring, de  battements de cœur, d’images et de vidéos – le rire et les larmes.

Je me souviens du finale, jubilatoire et ô combien esthétique ! Harwan retrouve les couleurs et son goût pour la peinture. Et il exécute un ballet pictural qui plonge en jets de couleurs primaires dans la folie et se prolonge par le fondu du personnage avec la toile de Rembrandt.

Je me souviens que j’ai adoré ce spectacle ! A revoir, c’est sûr !

Un obus dans le cœur de Wajdi Mouawad

 

Jeudi 31 janvier

 

S’il n’est pas trop tard, j’aimerais saluer bien bas la performance des élèves du cours Florent pour leur prestation dans la petite salle du TMS Un obus dans le cœur de Wajdi Mouawad

Oui, c’est un peu facile, cette représentation m’est allée droit dans le cœur.

Bravo – bravo – bravo pour le texte, pour la mise en scène, pour les déplacements sur le plateau très chorégraphiques, et bravo enfin pour les comédiens.

Merci de leur transmettre à tous.

Viviane Seroussi

 

Année 2018

 

Janvier 2018 au Centre Léo malet à Mireval

 

Moi, les Mammouths

 

Une adaptation scénique et musicale du roman Jeunesse de Manuela Draeger (alias Antoine Volodine)

 

Avec Maud Peyrache, Comédienne, Nicolas Thèvenet Compositeur et Nicolas Boudier à la lumière.

 

Retour

 

 

Je sais pas vous, mais Moi, les Mammouths, ça m’a littéralement emballée !

Le texte, le jeu de Maud Peyrache, la lumière, la musique, tout a contribué à m’embarquer ! Excellent mélange pour mettre en scène ce voyage imaginaire sur la banquise où tout est glacial, où même les mots se congèlent à peine sortis de la bouche.

Si Bobby Potemkine a pu résister à l’endormissement, mes voisins se sont laissé bercer par le rythme. Je leur pardonne aujourd’hui mais sur le moment ça m’a mise en colère. Ils ont été privés de cette poésie-fantaisie qui, moi, m’a enchantée. Mais en même temps, ils ont réagi comme des enfants qui se laissent aller dans le sommeil en écoutant leur maman leur lire une histoire pour les endormir.

Bravo à tous pour ce magnifique spectacle !

Antiochus aime Bérénice qui aime Titus qui l’aime aussi mais le pouvoir, la pression politique exercée sur Titus ne leur permettra pas de vivre cet amour. Deux pianos, une guitare électrique. Transfigurer la tragédie de Racine Bérénice en une mélopée déchirante comme l’est cette histoire d’amour.

En février 2018, au Chai du Terral à Saint Jean de Védas

 

 

Un spectacle de Vanessa Liautey, assistée de Fanny Rudelle.

Avec Julien Guill, Nicolas Jules, Vanessa Liautey

Musiciens Jean-Christophe Sirven, Marie Arnaud et Nicolas Jules

Création musicale Jean-Christophe Sirven

Retours

 

Bérénice et moi

 

Je suis allée voir Bérénice, à Lattes. J’ai accompagné Christiane qui pour la première fois rencontrait l’œuvre de Racine. Pour ma part, Racine a toujours été mon chouchou parmi les auteurs classiques. Quelle musique ! Quelle langue ! Quelle émotion !

La musique, dans cette reprise de la pièce, loin de gêner l’écoute réussit parfaitement à mettre en relief les mots, quelle belle idée de reprendre les phrases clefs !

Un jeu sobre mais efficace des comédiens. Une composition très esthétique. Un très beau casting !

Le silence régnait dans la salle. Personne ne voulait perdre la moindre réplique.

Et moi, je me croyais seule avec Bérénice et pleurais avec elle.

Que d’amours impossibles ! Quel beau gâchis !

 

Notre soirée chez Titus

 

Tout d'abord, c'était un réel plaisir de partager cette soirée avec les fabrikulteurs(ses) !

Tout a commencé à 18h30 : ramassage devant le théâtre de trois femmes frigorifiées par le vent glacial. Je suis presque à l'heure ! Et oh surprise,

Guylène occupe la place avant : mais que vient-elle faire dans cette galère ! s'étonnent Odile, Viviane et Gisèle ?

En fait, Guylène sera déposée à St Jean de Védas, pour aller voir un spectacle d'impro...

Dans la voiture, Gisèle est encore émoustillée par sa lecture de Jean Teulé, s'en suit une dégustation de marrons glacés (ardéchois) : il se passe alors de drôles de choses à l'arrière de ma C3 : les papiers dorés des dits marrons, sont manipulés par nos femmes en chaleur, Gisèle redécouvre ce qu'est un phallus ! (je n'ai pas de photo, mais je témoigne ici de la magnificence de l'appendice fabriqué par leurs petites mains).

 Plus sérieusement, Viviane nous fait le résumé de Bérénice, validé par Odile. Un rappel bien utile parce que Racine, c'est bien loin pour moi.

Arrivées au Chai, nous retrouvons Michel et Jacqueline. Nous blablatons, admirons l'expo de 3 artistes...

Les fabrikulteurs (euses) découvrent la salle et son confort. Quelques déplacements d'un fauteuil à l'autre afin de satisfaire Odile... Viviane s'isole devant, mais nous pouvons voir sa chevelure de boucles blanches.

Spectacle... Gisèle fait des "OH", se croit seule devant sa télé et vit ce qui se passe devant elle. Me demande si Titus et Bérénice ont baisés ? Je pense que oui, mais chut !

Le noir se fait... rappel 3 fois...

Les fabrikulteurs (euses) ont aimé ! OUF!  J’en suis très heureuse !  Bon ok, Gisèle hésite encore "Oui, mais..." mais c’est Gigi...

Michel et Jacqueline filent pour aller reprendre Guylène sur Figuerolles : n'est-ce pas gentil de leur part ? Ce couple est vraiment formidable.

Nous, nous prenons le retour vers Sète, les commentaires vont bon train dans la voiture : Gisèle, encore elle, voulait voir Titus et Antiochus en toges ! Les érudites Viviane et Odile m'expliquent le pourquoi de ces amours impossibles... Ben, oui, j'ai l'esprit lent...

Je dépose mes précieuses copines... nous repartons chacune avec de beaux souvenirs, l'envie peut être de relire "Bérénice".

Pour ma part, je te remercie Mo, de nous avoir recommandé ce spectacle.

Sylvie

 

 

 

Le 9 Mars 2018, au Théâtre Molière de Sète, une carte blanche a été confiée à Jacques Bonnaffé (voix) pour un duo avec Louis Sclavis (clarinette).

Dans le cadre de sa Carte Blanche Jacques Bonnaffé a également animé un atelier d’écriture, permis une rencontre dans la petite salle du théâtre au cours de laquelle il nous a dit des textes fort vbien choisis et servi de guide à l’exposition donnée au MIAM  Les enfermés.

La Fabrikulture était largement représentée. Merci au Théâtre Molière, au MIAM et à Jacques Bonnaffé.

 

Au MIAM, l'expo Les enfermés, visite guidée par Jacques Bonnaffé.

 

A l'occasion de la carte blanche donnée à l'acteur par la scène nationale de Sète, nous avons participé également à l'atelier d'écriture qu'il a  animé au théâtre sur le thème du colporteur.

 

 

N’oubliez pas  le guide !

 

Quelle bonne idée que celle de nous offrir un guide de musée à la fois naturel, cocasse et sachant faire rimer peinture et littérature !

Je me suis régalée ! Je n’oublierai pas Jacques Bonnaffé, guide au MIAM !

Un petit bémol cependant, nous étions accompagnés de personnes en situation de handicap pour lesquelles la station debout est difficile. Merci de penser à elles et de semer des sièges légers dans les musées !

).

Retours de spectacle

 

 Je n’ai pas participé à l’atelier avec M. Bonnaffé. Mais les retours que j’ai eus m’ont laissé croire que le spectacle serait de la même verve. Malheureusement, je n’ai pas adhéré au spectacle.

Pourtant le début avec l’attirail du colporteur sur le dos, Bonnaffé avait bien commencé. Humour et quelques textes compréhensibles. Puis des longueurs, notamment avec les histoires de vélos.

J’ai apprécié son « challenge » sur le poème de Paul Valéry, drôle cette idée de réciter ce poème à une allure accélérée… Oui, le pauvre Paul Valery a dû se retourner dans sa tombe de voir son poème si malmené, mais après tout il est possible de colporter son savoir ainsi !

Pour le titre, Colporteurs, je n’ai pas retrouvé l’esprit d’une personne qui propagerait des bruits, des ragots.

Louis Sclavis m’a semblé avoir du mal à trouver sa place dans tout ça. Sa performance était « étouffée » par les allers et venues de Bonnaffé. Quel dommage.

 

Je reste toutefois optimiste pour les ateliers et spectacles à venir avec M. Bonnaffé.

 

Sylvie.

 

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Ce spectacle de Jacques Bonnaffé m’a confirmé que cet excellent comédien est plutôt fait pour des petites salles.

Je l’ai trouvé vraiment excellent sur la scène de la petite salle et pendant l’atelier.

Quant à son dernier spectacle, il m’a déçue. Et si je peux me permettre une critique de mise en scène, le bric à brac du Colporteur aurait pu être rappelé pour les spectateurs par quelques passages, le dos chargé de ses boites afin qu’on ne soit pas perdus, trimballés de Bourvil à Claude Ber et les autres, et quant à son fouillis organisé… à revoir.

Et le vélo… le film…c’est vrai que je n’en fais pas et qu’en règle générale le sport n’est pas ma tasse de thé.

J’ai adoré l’arrivée des coureurs de plus en plus H.S. qu’il nous a formidablement jouée dans la petite salle.

Dommage aussi que le musicien n’ait pas eu plus de place.

Évidemment que ça n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour le comédien.

Merci à vous et j’espère qu’il ne va pas me détester !

Viviane Seroussi 


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1/ Colporteurs

 

Merci à Jacques Bonnaffé pour son atelier d’écriture. Il nous a régalés. Animer un groupe de plus de 20 personnes en provoquant si naturellement l’expression orale ou écrite de chaque participant est une performance.

Il n’en a pas été de même lors du spectacle du soir. Il m’a laissé un sentiment de trop grande improvisation, voire d’impréparation ce qui n’est, évidemment pas le cas, mais je l’ai ressenti ainsi. Le désordre sûrement réfléchi des feuillets où étaient inscrits les textes à lire rendait le spectacle brouillon. On voyait Jacques Bonnaffé s’agiter beaucoup et cette impression nous faisait passer à côté de beaux textes. D’autre part, la part laissée à Louis Sclavis était maigre, on avait l’impression qu’il n’était là que pour meubler les moments où Jacques Bonnaffé mettait de l’ordre dans ses papiers. La musique ne renforçait pas la beauté de certains écrits. Il y avait un déséquilibre entre les mots énoncés par le comédien et la musique. Dommage. Pour finir sur une note positive, merci pour les textes que nous a fait découvrir Jacques Bonnaffé. Il m’a donné envie d’aller les relire pour m’en imprégner.

 

Michel

Tout d’abord un grand merci pour les invitations à rencontrer Jacques Bonnaffé, jeudi 8 mars.

Une belle performance d’acteur et dans sa prestation dans la petite salle et au cours de l’atelier d’écriture.

Quand il a joué les textes de Jacques Darras ou de Valérie Rouzeau, j’étais vraiment très enthousiaste.

L’atelier d’écriture axé sur le colporteur a été aussi une réussite. Mener un atelier avec autant de participants, c’est déjà un exploit ! Il a réussi à faire écrire tout le monde et chacun – ou presque - a  pu lire tous ses textes.

Il a égayé le moment par des improvisations pittoresques qui laissaient présager un spectacle haut en couleur pour le lendemain.

Mais quelle déception !

Autant le comédien était pétillant la veille, autant il m’a ennuyée au cours du spectacle. Bien sûr ’ai beaucoup apprécié l’idée du record du monde bien que le poème ait été très malmené, j’ai adoré le texte de Marc-Emmanuel Soriano, Un qui veut traverser et le poème de Claude Ber, Mon espèce.

Mais comme la partie consacrée à la lecture des textes vélocipédistes était longue !

Et que l’aspect brouillon était gênant !

Quel dommage que le musicien, excellent vraiment, soit relégué au rôle de bouche-trou pendant que le comédien farfouille, hésite, disparaît !

Le titre était Colporteurs.

Belle entrée avec le barda. Belle idée que celle de proposer des textes hétéroclites tirés des boites, des morceaux de musique divers, comme le ferait le colporteur qui proposerait sa camelote.

Mais l’ensemble est vraiment gâché par un effet (voulu ou non) d’improvisation. On a envie de s’emparer des feuilles, de les numéroter ou d’en cacher certaines, pour aider le comédien, pour que le spectacle soit plus fluide, plus harmonieux. On a envie, en fait, de les lui prendre toutes et qu’il nous dise les textes comme il l’avait fait avec brio, la veille.

 

 

Les textes de l'atelier

 

 

Colporteur

 

- Dis, t’as vu le colporteur, ce matin, gamin ?

- Oui papy, j’ai vu le col du Jérôme, il portait plein de pellicules comme d’habitude.

- Non gamin ! Je ne te parle pas du col porteur de pellicules du Jérôme mais du colporteur !

- Ah Bon ! Tu veux parler du Cole Porter de Mamy !  Mais papy, le Cole Porter de mamy y se voit pas Mamy écoute sans arrêt sa trompette sur le Teppaz.

- Non gamin je veux parler du colporteur, du marchand ambulant, celui qui passe une fois par mois avec son camion pour que Mamy achète de la camelote dont on ne sait plus que faire !

- Ah, c’est ça que t’appelle le colporteur, papy ? Ben oui que je l’ai vu et il est pas venu pour rien ! Mamy lui a acheté du linge des Vosges, des casseroles en fer blanc, des boules de neige, du papier d’Arménie, des bougies d’anniversaire, de la mort-aux-rats, des rouleaux de ficelle, de l’eau de Cologne, des bobines de fil,  et de la vaisselle de Limoges… Eh, Papy, pourquoi tu boudes ?

 

 

Dans la boite en bois du colporteur j’ai vu…

 

des préservatifs pour pas faire de bb

des vierges de Lourdes pour invoquer le ciel pour faire de bébés

des dés à coudre pour pas se piquer le doigt

des tests pour diabétiques

des bougies pour quand on a plus  d’ampoules

des ampoules électriques pour quand on a plus de bougies

des sparadraps pour quand on a des ampoules

des cartes postales lointaines pour quand on veut faire croire qu’on a voyagé

des casse-tête chinois pour tuer le temps

de la mort-aux-rats pour tuer les rats

 ou l’amant de sa femme.

des boules de geisha pour prendre du plaisir

du bromure pour calmer les ardeurs

du fée Braise pour calmer les odeurs

des livres pour inspirer les auteurs

des origamis qui déploient des nénuphars dans l’eau des tasses  en porcelaine

et un raton-laveur

 

 

 

Le marchand de bonheur

 

Sa silhouette pointe le bout de son barda, au bout du chemin sablonneux qui serpente entre les pins saignants.

Thérèse le guette. Elle reconnait aussi sa démarche chaloupée et l’air qu’il sifflote, une chanson de luis Mariano : Le marchand de bonheur. Déjà séduite, elle ôte son tablier, déboutonne d‘un cran son chemisier et recoiffe sa mèche. Elle a attendu ce matin le départ de Marcel pour se maquiller.

Il approche et lui sourit. Elle met tous ses espoirs dans cet inconnu de passage, qui, malgré tout, au fil du temps, a su faire vibrer son cœur.

Il déballe son attirail, Thérèse regarde à peine sa camelote ; en fait elle n’a besoin de rien juste d’un peu de rêve, d’un peu d’amour. Aussi comme à chaque fois, elle se laisse faire, bercée par les boniments, les compliments. Elle fait semblant d’hésiter pour qu’il continue et continue encore pour qu’il reste encore un moment. Et comme à chaque fois, quand elle rabaisse sa jupe, elle achète ce qui, aussitôt, trouvera sa place sous la pente de l’escalier, avec tous les autres objets qui n’ont jamais marché et qui ne marcheront jamais. Mais qu’importe !

 

 

 

Colporteur de mots

 

J’ai dans ma boîte sur le dos

des milliers de mots.

N’hésitez pas, approchez,

venez piocher.

Là, mesdames messieurs,

j’ai des verbes

d’action pour les hommes

d’état pour les émotifs

et aussi des auxiliaires

bien pratiques, ils vous faciliteront la vie.

J’ai aussi des noms

propres ou sales au choix,

pas de bousculade

il y en aura pour tout le monde.

Eh petit, pas ce sac non,

ce sont des mots pour tes parents

interdits au moins de 18 ans.

Alors là, messieurs dames,

dans ce sac, j’ai des gros mots.

Si vous pouviez m’en débarrasser,

aujourd’hui, je les brade.

Ils sont trop lourds à porter.

Et toi jeune homme,

j’ai quelque chose pour toi,

des mots d’amour jamais utilisés.

Tu m’en diras des nouvelles

quand tu les auras lancés à ta belle.

J’ai aussi de l’adjectif

pour tout embellir, agrémenter.

Mais ce n’est pas tout

J’ai aussi des histoires

vraies ou fausses au choix.

Des nouvelles

bonnes ou mauvaises.

Demandez, vous serez servis.

Tout ce que je vends n’a pas de prix.

Vous donnez ce que vous voulez

Mais attention aux radins.

Le silence est d’or,

mais la parole est d’argent.

Donc soyez généreux messieurs dames.

 

 

Michel Marrinchio

 

 

 

Le colporteur

 

Avec son manteau trop long, son pantalon élimé et ses souliers épuisés d’avoir tant marché, il faisait pitié. On avait envie de le plaindre. Il commençait à s’installer et surprise !, de cet aspect un peu misérable sortait une voix forte, assuré qui suscitait la curiosité.

On s’approchait et on voyait son visage buriné, un visage qui témoignait d’une vie pleine, agitée, trouble. Il n’était pas vraiment beau mais dégageait un charme dont il était conscient. La forte affluence féminine autour de son étal en était la preuve.

Il commençait à vanter son éponge miracle qui guérissait l’arthrose, supprimait les boutons d’acné, atténuait voire faisait disparaître les bouffées de chaleur de la ménopause. Et tout l’auditoire l’écoutait, tous savaient que ce n’était pas possible, mais avaient envie d’y croire. Ils pensaient à leur rejeton bourré de complexes à cause de ses boutons, à la mère en plein dérèglement hormonal, au papy perclus de douleurs et les résistances commençaient à tomber. D’aucuns pensaient : « Si ça ne fait pas de bien, ça ne peut pas faire de mal, de toute façon on a tout essayé. » Et tous restaient, buvant les paroles du camelot. Il embrayait sur son produit que Jane Fonda utilisait depuis plusieurs années, prenait l’assistance à témoin, « Vous l’avez-vu Jane Fonda, vous savez quel âge elle a ? Plus de 80 ans. » Des visages étonnés surgissaient de l’assistance et il continuait : « Et vous savez, pourquoi personne ne parle de cette éponge… », un silence et, telle une confidence, il lançait : « les labos, cela ferait du tort aux labos, c’est une histoire de gros sous mesdames, messieurs. »

On voyait les badauds dodeliner de la tête en guise d’acquiescement. Les labos, des voleurs, ça ne les étonnait pas. Ils étaient embobinés. Le colporteur avisé sentant l’auditoire conquis, terminait sur : « Vous savez combien ils la vendent, aux États-Unis ,mon éponge ? 300 dollars, oui mesdames messieurs vous avez bien entendu, 300 dollars et bien moi, ici à Sète, je ne la fais pas à 200, 100, même 50 euros mais 20 euros, vous rendez-vous compte. Vous savez je ne gagne presque rien dessus mais je suis heureux si je vois des clients retrouver le sourire, votre sourire c’est mon salaire mesdames, messieurs.»

Alors un porte-monnaie s’ouvrait demandant une éponge, donnant le signal aux autres et toutes les bourses se déliaient, le colporteur était débordé. Une frénésie montait autour de lui, on se bousculait pour avoir son éponge, on en demandait, deux, trois. Les clients repartaient heureux d’avoir fait une affaire et rentraient à la hâte chez eux présenter leur achat à leurs conjoints qui inévitablement se moquaient, ironisaient sur leur naïveté ou se mettaient en colère, pestant d’avoir un mari, une épouse aussi stupide qui dépensait sans réfléchir l’argent si durement gagné.

 

Michel Marrinchio

 

Novembre 2018 - Centre culturel Léo Malet,  Mireval  

 

Gula Ben

 

Il était une fois une drôle de marionnette fille, mal fagotée. Elle portait dans son sac : une poupée Barbie, une pantoufle (de vair ?), une petite peluche, et un portable – nous sommes en 2018 ! En somme l’attirail d’une fillette contemporaine.

Elle était forcée, manipulée, tirée, à hue et à dia par des marionnettistes – ses parents peut-être ou la société.

Curieuse de la vie et du monde, un jour dans une forêt sombre elle rencontra des animaux sauvages, d’abord une biche joueuse puis, plus tard, un loup affamé, très dangereux. Un loup de ceux qui font très peur au petit chaperon rouge, très peur à tous les petits enfants, à tous ceux qui sont restés petits.

Après une bagarre d’où, mieux que la chèvre de Monsieur Seguin, courageuse, elle sortit victorieuse, elle se revêtit de de sa fourrure.

Mais ce n’était pas fini. Plus tard, elle rencontra son double, une autre version d’elle, une siamoise qui lui collait, qui l’étouffait, qui voulait l’empêcher de grandir et de partir, de prendre son indépendance. Elles se battirent un temps, mais cette fois encore, notre héroïne vainquit ses démons.

Comme la chrysalide elle sortit de sa vieille peau de petite fille et, se parant de ses nouveaux atours, de son envie de grandir, elle écarta ses ailes et partit à la conquête de sa vie. Elle n’avait plus peur, ni du loup ni de ses désirs.

 

Très joli spectacle (que j’ai failli rater pour cause de manque de moyen de transport)

L’histoire, sans parole, mais là vraiment, pourquoi faire les paroles ? Limpide avec tout ce qu’il faut pour donner du frisson, faire rire et rêver. Beau décor nordique de forêt de bouleaux. Belle musique jouée en direct sur scène, et bruitages impressionnants, excellents acteurs et marionnettistes.

A conseiller à tous petits et grands (même avant 14ans, je dirais 10ans).

Viviane Seroussi

 

En novembre 2018 au Centre Léo Malet - Mireval

 

Après la neige

 

Le 14 novembre 2018, nous sommes allés voir une création d'Aurélie Namur, féerique mais en même temps trempée dans la terreur ordinaire.

Une pièce à trois personnages dont Aurélie Namur signe texte et mise en scène, à la tête de la compagnie Les Nuits Claires. Entre conte pour enfants et chronique sociale. Le pari est délicat, il est dans cet air du temps où se conjugue désir d'émerveillement du monde au constat désolé d'une réalité cruelle, dont les protagonistes sont les laissés pour compte.

Un container devenu sur l'aire d'une zone commerciale le refuge d'une famille : le père, la mère et leur fillette après une explosion nucléaire.

Mère en colère, père en souffrance et protecteur, petite fille légère, guidée par l'enchantement d'une nature vouée à l'interdit qui exalte son imaginaire.

 

 

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Il a neigé hier à Mireval

 

Il a neigé hier à Mireval, juste après l’explosion de la centrale nucléaire.

On pourrait dire que c’est la neige qui nous a mises en retard. Heureusement, l’accueil au Centre Culturel Léo Malet fut souriant, comme si l’on nous attendait pour ouvrir le rideau ! Merci à tous !

Nous voici installées, au premier qui plus est : Nadine qui a des difficultés pour se déplacer et moi qui n’entend pas toujours tout malgré mes prothèses auditives.

Devant nous un décor blanc ; un mobile home transparent. Dans le mobil home une famille qui fuit la contamination radioactive.

Pas évident surtout qu’il a neigé et que la neige, symbole de pureté est ici le vecteur de la contamination.

Alors le père, la mère et la petite fille, malgré les nausées, les saignements de nez, la peur vont essayer de vivre encore. Alice continue d’aller à l’école, sa mère cuisine (des produits qu’elle soupçonne contaminés), son père va remplir des tas et des tas de sacs bleus de terre souillée.

Heureusement, il y a l’amitié de Rachel, la vision d’une biche et les rêves qui remplissent les jours et les nuits de l’enfant.

Heureusement qu’après les frictions le couple se retrouve.

Heureusement que l’espoir pointe son museau avec la métaphore très réussie de la harde des biches et des cerfs.

De beaux costumes, de la légèreté, de la joie…

Des intermèdes musicaux classiques : des cordes qui grincent au rythme ses cœurs angoissés.

J’aimerais tant avoir les références pour les écouter encore !

Cependant, la neige a par trop étouffé les voix. Même au premier rang, de nombreuses répliques m’ont échappé comme elles ont échappé à Viviane qui était au centre des spectateurs. Dommage.

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