Ecrire en Médiathèque

A l'occasion des Automnales de Sète, René Frégny nous a fait l'immense plaisir d'animer un atelier d'écriture à la médiathèque François Mittérand.

 

Atelier du samedi 29 octobre 2018 avec René Frégni

 

 

Né le 8 juillet 1947 à Marseille, René Frégni a déserté l'armée après de brèves études et vécu pendant cinq ans à l'étranger sous une fausse identité. De retour en France, il a travaillé durant sept ans comme infirmier dans un hôpital psychiatrique avant de faire du café-théâtre et d'exercer divers métiers pour survivre et écrire. Depuis plusieurs années, il anime des ateliers d'écriture dans la prison d'Aix-en-Provence et celle des Baumettes. Il a reçu en 1989 le prix Populiste pour son roman Les chemins noirs (Folio n° 2361), le prix spécial du jury du Levant et le prix Cino del Duca en 1992 pour Les nuits d'Alice (Folio n° 2624), le prix Paul Léautaud pour Elle danse dans le noir (Folio n° 3576) en 1998, et le prix Antigone pour On ne s'endort jamais seul (Folio n° 3652) en 2001.

 

 

 

Proposition : phrase prise lors de la discussion de départ et arrangée.

 

«  J’ai pris une feuille blanche, un stylo, j’ai commencé un voyage ».

ou

« Rendez-vous »

 

 

Le voyage continue

 

J'ai pris une feuille blanche, un stylo, j'ai commencé le voyage... quel voyage? Vers la mémoire, le rêve, l'émotion ?

 

Tout se mêle mais la mémoire de mes pas légers s'efface - car il fut un temps où ils furent légers, il fut un temps où ma robe virevoltait, caressait mes mollets...

C'est au printemps que je regrette le plus cette sensation qui était si "normale" que je n'y prêtais pas attention...

Maintenant, il me reste le rêve...

Rêver de revenir en arrière? Non, me rêver telle que je suis ? Riche de mes expériences passées, de mes voyages...

Le tissu ne virevolte plus, seul l'esprit continue le voyage, cherche à suivre le mouvement de l'instant.

Sylviane

 

A ce soir !

 

 J’ai pris une feuille blanche, un stylo, j’ai commencé un voyage.

 Quel voyage ? Me dit -elle en sortant de la salle de bain. Elle s’était enroulée dans une serviette trop petite. L’eau coulait de ses cheveux, le long de son dos et tombait en gouttes sur le lino.

 Un voyage vers la mémoire, le rêve, l’émotion peut être ? Lui dis-je.

Elle a fait la moue, comme à chaque fois que je lui parle de mon envie d’écrire. Je l’ai regardée partir vers l’armoire avec cette démarche claudiquante si particulière.

Je l’aime tel qu’elle est . Sans doute cette différence m’a toujours plu.

Son corps, ses mains longues, sa légèreté d’être. Son corps est tout en rondeur, sa peau fine et diaphane, sa sensualité exubérante.

Je suis retourné à la cuisine. Le thé est froid. Je me suis assis, face à la feuille blanche. Le stylo noir attendait.

Mon voyage avait commencé dans ma tête. Je savais qu’elle était ma « destination ». Ce que je voulais lui dire.

Elle est descendue en s’aidant de sa canne, est passée devant moi.

 A ce soir !

La porte s’est fermée, son parfum est resté.

J’ai pris la feuille blanche, le stylo noir. J’ai écrit les premiers mots.

 

Sylvie

 

Pierre et Pierre

 

- Rendez-vous !

Le cercle se resserre. Ils sont pressés entre le sable et l’eau. Ils ont encore leurs armes dans la main. Inutiles. Elles ont craché toutes leurs munitions, là-bas, dans le petit bois, pour peu de résultat. Un poursuivant a été touché. Il a porté ses mains à la poitrine, il a grimacé, s’est effondré sur le tapis d’aiguilles de pins. Il a poussé un râle.

- C’est moi qui l’ai eu ! a crié Pierre avec jubilation.

- Non, c’est moi. C’est ma balle qui l’a flingué, a répondu l’autre Pierre, celui qui porte un pantalon de treillis.

Ce n’était pourtant pas le moment de se chamailler. Fallait filer et plus vite que ça ! Et l’autre con qui perdait  ses godasses à tout bout de bois !

D’ailleurs,  le macchabée s’était relevé comme si de rien n’était et s’était relancé à leur poursuite, avec les autres. Les deux Pierre avaient entendu leur course se rapprocher. Ils étaient si nombreux qu’ils rendaient impossible la fuite par la route. Restait que la solution de la plage.

A leurs pieds, un crabe. Un énorme crabe qui se promène sur le sable mouillé. Pierre, voudrait bien l’attraper, le retourner pour voir si c’est un mâle ou une femelle. Sa mère serait contente s’il ramenait une grosse femelle à la maison.

- Ce sont les meilleures, au moins  il y a quelque chose à manger dedans !

Pierre, quand il voit sa mère avaler cette bouillasse jaune tirée de la coquille, il a envie de vomir. Lui, il ne mange que la chair blanche des grosses pattes.

Pierre, celui qui porte ces putains de tongues qui l’ont empêché toute la journée de courir vite, regarde aussi le crabe qui touche son petit orteil.

- Il va me pincer, ce con ! Allez, Pierrot, on plonge !

- Mais je sais pas encore très très bien nager…

- On s’en fout ! On a pied jusqu’au bout de la digue. Après on monte sur les rochers et on est sauvés.

Pierrot hésite encore mais les méchants se rapprochent :

- Rendez-vous !

Pierrot se retourne vers les vagues qui se lèvent comme pour le choper et l’emporter au loin.

- Et merde ! lâche-til levant les mains. Je me rends, je veux pas me noyer.

- T’es qu’une mauviette, Pierrot ! Ok les gars, on se rend, le jeu est fini. On a perdu à cause de lui !

Pierrot se met à chialer. Mais il a une idée. Entre le pouce et l’index, il attrape le crabe, le retourne.

- Si t’es encore mon copain, Pierre, je te le donne, c’est une femelle.

Mô

 

Photos de Sylvie

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