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Des virées culturelles et jouissives, à la rencontre de paysages, de sites, de gens, de saveurs, d'artistes, d'Histoire et d'histoires

 

 

Avec le train à 1 euro, le car à 1 euro, rien ne nous arrête !

 

A nous Perpignan, à nous Céret, à nous l'exposition d'Aristide Maillol !

Une aventure de la Fabrikenbalade, signée Viviane
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Jeanne est allée au Maroc, elle témoigne

« Les yeux leur mangent la figure », c'est l'expression qui m'est venue immédiatement à l'esprit en les voyant.  Cette expression je crois bien que c'est ma grand-mère qui l'utilisait et je ne l'ai plus entendue depuis cette époque mais c'est immédiatement ce que j'ai pensé en les voyant apparaître à ces feux rouges sur cette large avenue qui menait à l'aéroport de Fès. Ils sortaient de nulle part avec leur peau d'ébène qui contrastait tant avec la couleur pain d'épices  de celle des Marocains. Dans leurs habits sales et trop larges pour eux, ils se jetaient sur les voitures à l'arrêt pour demander quelques pièces. Et leur regard lourd et fatigué vous transperçait. C'était tellement inattendu pour moi, ce fut un choc émotionnel intense et ces images se sont incrustées dans mon esprit. Nous nous étions habituées à déambuler dans la médina de Fès, refusant d'un geste ou  mieux encore d'un choukrane bien sonore toutes les propositions des rabatteurs pour un bon repas de tajine ou un thé à la menthe et d'autres  choukranes encore aux vendeurs des échoppes qui nous proposaient sacs ou épices, la misère ordinaire d'un peuple qui cherche à s'en sortir en vendant tout ce qu'il est possible de vendre avec convivialité et un sens extrême de l'humour.

 

Mais dans ce faubourg de Fès, c'était autre chose. Bien sûr j'avais lu des livres, des articles de journaux sur les  périples semés d'embuches et de dangers  de ces migrants prêts à tout et au péril de leur vie pour fuir l'horreur.

 Ces silhouettes sorties de nulle part portaient  toute la misère et la souffrance de l'Afrique alors que nous étions confortablement installées dans notre voiture de location, passeport, billet d'avion et carte bleue à portée de main. Pour moi, c'est un choc terrible et ces images resteront marquées dans mon esprit à tout jamais. Eux aussi étaient des voyageurs mais ils voyageaient au prix de leur vie, laissant derrière eux leurs attaches et leur pays pour un ailleurs mais lequel ? Chacun d'eux avait une histoire, une maison, une famille, des rêves mais c'était la guerre et la famine qui les faisaient fuir, remonter l'Afrique, traverser la mer et prendre tous les risques  pour atteindre l'Europe, pour survivre tout simplement.

Tous les itinéraires vers l'Europe sont envisageables pour eux, même s'ils savent que leurs chances de passages sont extrêmement minces ; c'est l'instinct de survie qui les fait avancer, traverser des zones à risques, se noyer dans les mers mais leur détermination est plus forte que tout et ils sont prêts à affronter tous les dangers. S'ils échouent, ils recommenceront. Le Maroc avec Gibraltar si proche est la promesse d'un ailleurs, d'un meilleur. Gibraltar comme la Tunisie sont les bouts d'Afrique par lesquels ils espèrent quitter l'Afrique. Ce sont les  portes de sorties, les goulots par lesquels l'Afrique se vide. Rien ne les arrêtera, leur détermination est plus forte que tous les gardes côtes et les militaires qui veillent.

Et c'est aussi cette détermination là que j'ai lue dans leur regard lourd et fatigué.

Et je me suis dit que cet Africain, à ce carrefour, à la maigreur extrême, au regard si fatigué cela pourrait être moi, cela pourrait être nous.

 

 

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